Le Cercle d’Histoire de Bruxelles vous propose cette chronique consacrée à la Première Guerre mondiale, s’associant ainsi à son tour à la commémoration du centenaire de la WWI. 

Le Cercle dédie ce travail à la mémoire du soldat volontaire du 6ème de Ligne CONSTANT HEYBLOM blessé le 6 février 1915 devant Dixmude et décédé à l’âge de 25 ans à l’Hôpital de l’Océan le 10 février de la même année. Il repose au cimetière militaire belge de La Panne.

Ces articles sont écrits par Jean Heyblom, historien.

Chronique 1914-1918 : "Résister par la zwanze" (02) : les ketjes des Marolles et la "parade march" ou "poechenelle march" (suite)

Un hommage par mayol aux braves ketjes de bruxelles et a leur esprit de resistanceComme George Garnir (1), de nombreux témoins de l'époque nous décrivent dans leurs mémoires le nouveau jeu des ketjes de Bruxelles que nous avons illustré dans la chronique précédente. Ils imitent les soldats allemands et parcourent le quartier en effectuant ce qu'ils appellent la "poechenelle march" [la marche des marionnettes] : ils défilent donc en cortège au son d'une musique avec flûtes et casseroles comme tambour ; des chariots à roulettes ou des charrettes à chien portent des buses qui simulent des canons. Mais leur mise en scène ne s'arrête pas là, parfois aussi ils chantent en cadence « nous sommes foutus, nous sommes foutus » et si un gamin du cortège traîne ou ne marche pas au pas, le ket qui fait fonction d'officier se précipite vers lui en hurlant comme un sous-officier germanique « parade march podferdum » et lui expédie en punition un coup de pied au derrière "façon boche".Et ca voudrait passer lyser

Il arrive que les ketjes varient leurs exercices : toujours en cortège, la troupe au commandement « Namur en avant march » s'ébranle, un nouvel ordre est alors hurlé « halt », vient ensuite un autre commandement « pour Maubeuge en avant march » et la bande repart, après suit encore un « pour Compiègne en avant march », et le même scénario se reproduit, enfin vient un dernier ordre « pour Paris en avant march », à ce moment toute la troupe se met en branle, mais à reculons !!.

A cet exercice guerrier caricatural, les ketjes ajoutent une autre effronterie en interpellant en rue les soldats allemands plus âgés qui forment ce qu'on appelle la landsturm (les territoriaux) en criant « landstrond » (vous devinerez le sens scatologique du mot) ; quant aux nombreux boy-scouts allemands qui viennent aider l'administration occupante, les ketjes vont les baptiser avec un mépris goguenard « les cochons de lait » (allusion au schwein = porc, cochon tellement apprécié en charcuterie dans la cuisine allemande).

carte postale qui caricature loccupantToujours significatives de cet esprit goguenard, des témoins nous rapportent également les scènes suivantes : 1) deux soldats allemands contemplent le panorama vers le bas de la ville depuis la terrasse de la place Poelaert près du Palais de Justice, passe un ketje, les mains dans les poches, qui en crachant à terre un jet de salive comme un grand, leur lance "c'est beau hein Paris !!". 2) dans la rue, des ketjes jouent au soldat, l'un est bossu, passe un militaire allemand qui veut se montrer aimable et qui leur dit que le gamin bossu devrait être réformé, fuse alors la réponse d'un des kets : "mais c'est notre cron prince (allusion on ne peut plus claire au Kronprinz, le fils de l'empereur Guillaume II ).

Il est évident que l'occupant pouvait difficilement réagir devant l'attitude provocante de tous ces kets sans se couvrir de ridicule, pourtant l'autorité allemande s'en plaignit auprès des responsables communaux bruxellois et demanda qu'ils y mettent bon ordre.

Note : (1) Garnir, George, Pourquoi Pas ? Pendant l'occupation par un des trois moustiquaires, la vie bruxelloise de 1914à 1918, Bruxelles, L'Expansion Belge, s.d.

Chronique 1914-1918 : "Résister par la zwanze" (01)

Les gamins de Bruxelles narguent les Boches Jean dOstaLe document du mois qui vous a été présenté dernièrement sous le titre "L'enterrement fictif du kaiser Guillaume II dans les Marolles en 1919 " était bien caractéristique de cet esprit d'insoumission que l'on retrouve dans la "zwanze" bruxelloise. Ce mot d'origine bruxelloise désigne en réalité le membre viril. Par glissement de sens, il désignera une plaisanterie ou une mystification souvent assez grossière (cfr aussi par exemple couillonner et connerie). La population bruxelloise ou plus exactement une partie de celle-ci adoptera cet état d'esprit en 14-18 pour prendre une attitude de résistance pendant plus de 50 longs mois. Elle permettra d'oublier un peu la grande détresse dans laquelle cette très pénible période plongera les Parade march luppens Nicky LuppensBruxellois dont la préoccupation majeure sera de vivre et de survivre ou encore comment se nourrir, se vêtir et se chauffer. Si une résistance "classique" (mais non armée) ou institutionnelle se mettra bien en place (n'oublions pas les figures d'Adolphe Max, du cardinal Mercier, de Gabrielle Petit ou d'Edith Cavell), celle du "populo" va s'exprimer sous des formes diverses, mais toujours avec cette gouaille frondeuse si caractéristique. Nous allons par conséquent illustrer cette rubrique avec des cartes postales qui circulaient sous le manteau et qui ont pour but en utilisant la caricature de se moquer de l'occupant ou de se gausser du vécu quotidien marqué par les diverses restrictions imposées par l'occupant allemand.
Poechenelle march CHBLe premier thème retenu, souvent mentionné par les témoins contemporains, sera celui des ketjes des Marolles qui défilent en singeant les soldats allemands dans une "parademarch" moqueuse et caricaturale qu'ils appellent aussi " la poechenelle march".

Chronique 1914-1918 : "1914 Illustré" analyse du n° 10 de la revue

Nous terminerons l'analyse des différents numéros de la revue en nous penchant sur le n° 10 d'octobre 1914 qui a la particularité de présenter quasi entièrement des photos de Bruxelles occupée. Seule la dernière page y fait défaut. En couverture, nous trouvons des photos du palais de la Nation occupé par les troupes allemandes. On voit stationner canons et automobiles rue de la Loi tandis que du côté de la rue de Louvain le péristyle est envahi par les cuisines de campagne.
En page 2 deux photos nous montrent l'intérieur de la salle de lecture du Sénat aisi que le fumoir : un petit texte nous indique que les hôtels ministériels et ceux du Sénat et de la Chambre sont occupés par la Kommandantur. Rappelons que c'est dans ces locaux que siègera le tribunal militaire qui condamnera des résistants pour espionnage comme Edith Cavell, Gabrielle Petit et Philippe Baucq.
Les page 3 et 6 nous permettent de voir "avec tristesse" notre Parc de Bruxelles transformé en manège, en garage d'autos et en campement : une phrase en page 3 nous interpelle : " Au Parc, les réservoirs d'essence ont permis à de rares ménagères de s'approvisionner de pétrole, lequel faisait complètement défaut il y a quelques jours". Donc selon ce magazine "emboché", les Bruxellois devraient se réjouir de la bonté d'âme de l'armée occupante !! Humour ou cynisme ?
A la page 4 sous le titre "L'alimentation de Bruxelles", on trouve trois photos qui illustrent déjà en octobre 1914 les difficultés que nos compatriotes vont rencontrer de plus en plus pour se nourrir, se vêtir et se chauffer pendant les 50 mois d'occupation allemande. Des mesures sont rapidement prises par les autorités communales pour assurer le ravitaillement de la population, mais le Comité National de Secours et d'Alimentation, sous la houlette d'Emile Franqui et Ernest Solvay, va prendre en main celui-ci pour distribuer l'aide alimentaire acheminée par la Commission for Relief in Belgium sous le patronage d'Herbert Hoover ; 5 174 431 tonnes de vivres (farine, lard riz, haricots, sel, sucre, café, etc) seront ainsi importées pendant cette guerre empêchant parfois de justesse la famine. (A ce propos, lire aussi article revue 133 "14-18 Bruxelles occupée. La grande détresse : vivre et survivre")
La page 5 porte le titre : "Le Théâtre du Parc" ; lui aussi, comme de nombreux autres lieux, sera occupé par l'ennemi, comme le montre la page 7 avec le Palais des Académies transformé en Krieg's Lazarett. Une photo de la même page est prise aux étangs d'Ixelles : on y distingue des hussards allemands qui repêchent des armes jetées dans l'étang par crainte des agents communaux chargés de les collationner auprès des civils.
La dernière page nous présente trois photos : "Jeux d'enfants" , "La Voie gardée" et "La Petite Guerre" , mais le sommet dans la veulerie nous semble atteint par le texte qui porte le titre de "Appel en faveur de la population de Dinant" qui parle de la détresse de la population de Dinant qui manque de tout. Une demande de dons en espèce ou en nature y est lancée. Pas un mot évidemment des exactions perpétrées par l'armée allemande à Dinant qui sont la cause de cette détresse. Que ne ferait pas cette presse à la botte de l'ennemi pour continuer à paraître et pour éviter la censure ?

Nous terminons ici l'analyse des dix premiers numéros de cette revue : nous pensons vous avoir démontré sa façon de travailler. Par la suite, cette publication poursuivra son petit bonhomme de chemin de la même manière jusqu'à la fin de la guerre ; dans les numéros suivants, des photos de Bruxelles sous l'occupation reviendront illustrer les divers numéros de manière irrégulière, mais sans se départir de la ligne éditoriale que nous avons décrite.

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