Chronique 1914-1918 : "Résister par la zwanze" (02) : les ketjes des Marolles et la "parade march" ou "poechenelle march" (suite)

Un hommage par mayol aux braves ketjes de bruxelles et a leur esprit de resistanceComme George Garnir (1), de nombreux témoins de l'époque nous décrivent dans leurs mémoires le nouveau jeu des ketjes de Bruxelles que nous avons illustré dans la chronique précédente. Ils imitent les soldats allemands et parcourent le quartier en effectuant ce qu'ils appellent la "poechenelle march" [la marche des marionnettes] : ils défilent donc en cortège au son d'une musique avec flûtes et casseroles comme tambour ; des chariots à roulettes ou des charrettes à chien portent des buses qui simulent des canons. Mais leur mise en scène ne s'arrête pas là, parfois aussi ils chantent en cadence « nous sommes foutus, nous sommes foutus » et si un gamin du cortège traîne ou ne marche pas au pas, le ket qui fait fonction d'officier se précipite vers lui en hurlant comme un sous-officier germanique « parade march podferdum » et lui expédie en punition un coup de pied au derrière "façon boche".Et ca voudrait passer lyser

Il arrive que les ketjes varient leurs exercices : toujours en cortège, la troupe au commandement « Namur en avant march » s'ébranle, un nouvel ordre est alors hurlé « halt », vient ensuite un autre commandement « pour Maubeuge en avant march » et la bande repart, après suit encore un « pour Compiègne en avant march », et le même scénario se reproduit, enfin vient un dernier ordre « pour Paris en avant march », à ce moment toute la troupe se met en branle, mais à reculons !!.

A cet exercice guerrier caricatural, les ketjes ajoutent une autre effronterie en interpellant en rue les soldats allemands plus âgés qui forment ce qu'on appelle la landsturm (les territoriaux) en criant « landstrond » (vous devinerez le sens scatologique du mot) ; quant aux nombreux boy-scouts allemands qui viennent aider l'administration occupante, les ketjes vont les baptiser avec un mépris goguenard « les cochons de lait » (allusion au schwein = porc, cochon tellement apprécié en charcuterie dans la cuisine allemande).

carte postale qui caricature loccupantToujours significatives de cet esprit goguenard, des témoins nous rapportent également les scènes suivantes : 1) deux soldats allemands contemplent le panorama vers le bas de la ville depuis la terrasse de la place Poelaert près du Palais de Justice, passe un ketje, les mains dans les poches, qui en crachant à terre un jet de salive comme un grand, leur lance "c'est beau hein Paris !!". 2) dans la rue, des ketjes jouent au soldat, l'un est bossu, passe un militaire allemand qui veut se montrer aimable et qui leur dit que le gamin bossu devrait être réformé, fuse alors la réponse d'un des kets : "mais c'est notre cron prince (allusion on ne peut plus claire au Kronprinz, le fils de l'empereur Guillaume II ).

Il est évident que l'occupant pouvait difficilement réagir devant l'attitude provocante de tous ces kets sans se couvrir de ridicule, pourtant l'autorité allemande s'en plaignit auprès des responsables communaux bruxellois et demanda qu'ils y mettent bon ordre.

Note : (1) Garnir, George, Pourquoi Pas ? Pendant l'occupation par un des trois moustiquaires, la vie bruxelloise de 1914à 1918, Bruxelles, L'Expansion Belge, s.d.

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