Le Cercle d’Histoire de Bruxelles vous propose cette chronique consacrée à la Première Guerre mondiale, s’associant ainsi à son tour à la commémoration du centenaire de la WWI. 

Le Cercle dédie ce travail à la mémoire du soldat volontaire du 6ème de Ligne CONSTANT HEYBLOM blessé le 6 février 1915 devant Dixmude et décédé à l’âge de 25 ans à l’Hôpital de l’Océan le 10 février de la même année. Il repose au cimetière militaire belge de La Panne.

Ces articles sont écrits par Jean Heyblom, historien.

Chronique 1914-1918 :"Résister par la zwanze" (08)

Les fables de La Fontaine servent à se moquer de l'envahisseur allemand

carte n 1Dans cette série d'articles, nous passons en revue différents thèmes utilisés par les illustrateurs de cartes postales pour faire écho, dans un esprit de résistance, à la situation de la Belgique ou de ses habitants pendant la Première Guerre Mondiale. Nous vous présentons ici avec ces trois cartes postales le thème des fables du célèbre auteur du 17e siècle Jean de la Fontaine appelées à la rescousse pour se moquer avec une féroce ironie de notre envahisseur : chacune des cartes postales porte le titre : « Les Fables de La Fontaine carte n 2en action » et comporte deux scènes ; la première carte illustre la fable  La Laitière et le Pot au Lait : on y voit l'empereur allemand Guillaume II de Hohenzollern (1859-1941) habillé en fermière comme Perrette que l'on voit présente dans la scène du dessous ; comme l'héroïne de la fable, il a cassé son pot au lait ; sur un des morceaux du pot est inscrit « empire de l'Europe », allusion aux rêves brisés d'hégémonie du kaiser. La deuxième carte illustre la fable Les Animaux Malades de la Peste : on y distingue sous le titre « Les Animaux Malades de la Poste » l'intérieur d'un bureau de poste avec quatre guichets tenus par des soldats allemands moqués par leurs attitudes ; les trois premiers guichets portent les panneaux Mandats, Timbres poste et Poste restante ; en dessus de cette scène vous pouvez en voir une seconde qui représente des animaux ; la troisième carte  illustre la fable  Le Loup et l'Agneau : on y repère une première scène avec une jeune fille portant en écharpe autour du corps les couleurs du drapeau belge et un soldat allemand qui la menace de son épée ; cette scène porte le titre de la fable avec les mots La Belgique et l'Allemagne, référence la plus explicite à l'invasion  brutale de notre pays, pourtant protégé en  droit international par sa neutralité ; la deuxième scène de la carte montre le loup et l'agneau au bord d'une mare comme dans la fable. Sa conclusion est écrite en dessous « La raison du plus fort est toujours la carte n 3meilleure », elle  renforce la leçon que donne ce document sur l'attitude inique de l'Allemagne envers notre nation.

Note : tous les documents qui illustrent cet article sont la propriété de Jean Heyblom, président du Cercle d'Histoire de Bruxelles

 

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Chronique 1914-1918 :"Résister par la zwanze" (07)

Manneken-Pis se gausse des boches  

Pendant cette période, les principales préoccupations des Bruxellois furent de vivre et même de survivre ou plus prosaïquement comment se nourrir, se vêtir et se chauffer. Afin de soutenir le moral de la population soumise à un régime d'occupation sévère et dur qui s'étendit pendant environ 50 mois (d'août 1914 à novembre 1918) et qui se marqua aussi par des arrestations de résistants, des déportations de chômeurs, des difficultés d'approvisionnement en denrées et des réquisitions de matières premières, circulèrent des cartes postales, des journaux, des dessins qui caricaturaient férocement l'occupant. Cette manière d'agir n'était pas sans risque pour les "résistants" et ce matériel était distribué évidemment sous le manteau. Un thème parmi d'autres qui illustrait ce genre de document est celui de Manneken-Pis qui se gausse des Boches. Notre petit bonhomme se devait d'être de la partie puisque notre Manneken est devenu au fil du temps le symbole même de la résistance à toute occupation étrangère.Vous le verrez donc sur les illustrations pisser sur les Boches ou Alboches : rappelons que "al" = Allemand et qu'en argot "boche" (avec l'origine "bosse" ? = tête) que l'on retrouve dans caboche) ou mieux "tête de boche" désigne une personne à tête dure, une tête de bois ou la boule de bois du jeu de quilles ; en somme le sens général du terme "Boche" est celui d'Allemand demeuré, idiot, rustre.Quant au nom Huns que vous trouverez sur la carte postale qui caricature Guillaume II et son fils Guillaume, le Kronprinz, il désigne ce terrible peuple mongol du roi Attila (vers 395-453) surnommé "fléau de Dieu". Il fait allusion directe aux exactions commises par les troupes allemandes notamment en août 1914, mais aussi à la situation engendrée par une occupation sans pitié ou barbare.Une autre carte postale fait allusion à Moritz Ferdinand von Bissing, général allemand qui fut gouverneur militaire de la Belgique du 24 novembre 1914 à sa mort au château de Trois-Fontaines à Vilvorde le 18 avril 1917. Bruxelles a connu sa fastueuse cérémonie d'enterrement. C'est lui aussi qui signa notamment la condamnation à mort d'Edith Cavell. C'est donc son décès qui est évoqué dans ce document comme le montre la traduction des phrases attribuées aux divers protagonistes : Manneken-Pis " Ose remettre ça en lice et tu recevras un jet de ma pisse" ; Pietje la Mort " Je te tiens, vieille baderne, arrête donc tes balivernes" ; von Bissing "Ce que nous avons nous le gardons".

Note : tous les documents qui illustrent cet article sont la propriété de Jean Heyblom, président du Cercle d'Histoire de Bruxelles

Note : tous les documents qui illustrent cet article sont la propriété de Jean Heyblom, président du Cercle d'Histoire de Bruxelles

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Chronique 1914-1918 :"Résister par la zwanze" (06)

La bataille de l'Yser vue par la caricature anti-allemande

A partir du 7 octobre 1914, l'armée belge se retire du camp retranché d'Anvers qui chute le 10 octobre pour se retrancher sur l'Yser. Le 18 octobre 1914, "la bataille de l'Yser s'engageait. Rangée sur un front boueux de 38 kilomètres, notre armée alignait 53.000 fusils, 4800 sabres, 184 mitrailleuses, 292 canons de 75, 14 obusiers de 150 et fut bientôt renforcée par les 4.000 fusiliers marins français de l'amiral Ronarch.
Pendant sept jours, sans égard aux pertes qu'ils subissaient, les Allemands se ruèrent sur les lignes de défense belges improvisées, en direction de Dixmude et de Nieuport. Pendant sept jours, les Belges et les fusiliers marins français tinrent bon. Au cours de la nuit du 21 au 22 , l'ennemi réussit pourtant à franchir l'Yser à Tervaete. De nouveaux renforts lui permirent d'atteindre, le 24, le remblai de chemin de fer Dixmude-Nieuport. Les Belges étaient épuisés ; à force de tirer, la moitié des canons avait été mise hors d'usage ; les réserves de munitions manquaient ; 12.000 hommes avaient été tués ou blessés. Mais il fallait poursuivre la résistance et barrer la route de Calais. Le 27 octobre , profitant d'une accalmie, les troupes du génie ouvrirent les vannes de l'écluse de Furnes puis, sur la suggestion du batelier Geeraert, on risqua l'ouverture du déversoir de Noordvaart, au nez et à la barbe des Allemands. L'eau salvatrice s'engouffra vers le champ de bataille; d'heure en heure, silencieusement la nappe liquide s'élargissait.
Le 30 octobre, les Allemands reprirent l'attaque avec des divisions fraîches. Ils se battaient pour Ramscapelle, quand la marée du soir les surprit et les embourba. "Chassé par le plus terrible des éléments, l'ennemi évacua précipitamment ses positions [ndlr : le 31 octobre 1914], la bataille de l'Yser étaient gagnée [ndlr : le front resta fixé jusqu'au 15 octobre 1918]. Malgré la détresse matérielle et morale, le soldat belge s'était montré supérieur en courage au soldat allemand bien équipé et fanatisé. Après la bataille de l'Yser , le front se stabilisa : une guerre de position commençait" ( d'après Georges-Henri Dumont, Histoire de la Belgique, Paris, France Loisirs,1977, p.449-450).
Les cartes postales caricatures qui illustrent ce texte, et qui appartiennent au CHB, circulaient sous le manteau en Belgique occupée. Comme la presse clandestine, elles participaient à maintenir le moral de la population pendant cette dure et impitoyable période.
Si vous voulez vous informer sur l'épisode et les circonstances des inondations tendues par l'armée belge sur le front de l'Yser, rendez-vous à Nieuport-Stad et visitez près du monument consacré au Roi Albert Ier le Westfront-Nieuwpoort avec son centre d'interprétation particulièrement bien réussi.

Note : tous les documents qui illustrent cet article sont la propriété de Jean Heyblom, président du Cercle d'Histoire de Bruxelles

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