Chronique 1914-1918 : « 1914 Illustré » analyse du numéro 4 de la revue

La couverture de ce numéro 4 daté du mois de septembre 1914 porte le portrait de « M. BRAND WHITLOCK, Ministre des Etats-Unis à Bruxelles ».
Beaucoup d'entre vous connaissent sans doute son nom à cause du boulevard homonyme à Woluwé-Saint-Lambert, mais savent-ils qui est ce personnage ? Né à Urbana (Ohio USA) le 4 mars 1869, décédé le 24 mai 1934 à Cannes (France), ce journaliste, avocat, homme politique ( maire de Toledo (Ohio) de 1905 à 1911), écrivain ( auteur de 18 ouvrages) et diplomate fut désigné ministre plénipotentiaire à Bruxelles par le président Wilson du 14 février 1914 jusqu'au moment de l'entrée en guerre des USA au début avril 1917 ; il revint ensuite chez nous comme ambassadeur de 1919 à novembre 1921.

Lorsque l'Allemagne envahit la Belgique, ce démocrate idéaliste qui détestait l'injustice, la tyrannie et la guerre reste à Bruxelles afin de pouvoir aider la population belge éprouvée par le conflit ; il donne protection dans les premiers jours de la guerre à des civils allemands qui n'avaient pas pu quitter le pays ; il joue un rôle important pour convaincre nos autorités civiles et militaires de ne pas défendre Bruxelles et auprès des chefs militaires allemands pour qu'elle soit déclarée « ville ouverte », lui épargnant ainsi des destructions ; nombreux sont aussi les Belges que son intervention auprès des autorités allemandes sauva de la mort, mais il échoua dans ses démarches en faveur d'Edith Cavell.
Son principal titre de gloire reste son action dans le cadre de la Commission for Relief in Belgium (CRB). Cette organisation internationale, composée de ressortissants d'états neutres (USA, Espagne, Pays-Bas) dont l'américain Herbert Hoover fut la figure emblématique, fut chargée du ravitaillement en Belgique occupée. Son rôle était de récolter des denrées alimentaires et autres biens de première nécessité à l'étranger, puis de les expédier en Belgique où des cellules de la CRB supervisaient la distribution assurée dans le pays par le Comité National de Secours et d'Alimentation (CNSA), organisation belge créée par Emile Francqui, Adolphe Max et Ernest Solvay afin d'éviter la famine. En effet, comme la Belgique devait importer 75% de ses produits alimentaires, l'occupation allemande et ses réquisitions, conjugées au blocus maritime imposé par les Britanniques, créèrent très vite un énorme problème de ravitaillement pour notre population.
La CRB, dont Brand Whitlock était le président d'honneur, était chargée de la protection et de la surveillance du CNSA ; ce sont les ambassadeurs des pays neutres (le marquis de Villalobar pour l'Espagne, Maurice van Vollenhoven pour les Pays-Bas et Brand Whitlock pour les Etats-Unis) à Bruxelles qui serviront d'intermédiaires entre les belligérants (Grande Bretagne- Allemagne) et de garants des engagements pris de part et d'autre, ses responsables devront constamment louvoyer entre l'occupant tenté de confisquer les marchandises à son profit et les Britanniques soucieux de ne pas compromettre l'efficacité de leur blocus, mais aussi apaiser les tensions entre CRB lui même et le CNSA.

Le magazine montre de nombreuses photos de Bruxelles occupée , elles sont essentielles prises sur la Grand-Place, lieu émimemment symbolique dans cette cirsonstance. Mais en page 2, on peut voir une photo de civils de Louvain amenés à Bruxelles et en dernière page, avec le titre « Louvain après le bombardement », six photos de la ville détruite. Le magazine ne se livre à aucun commentaire sur la destruction et le pillage de la ville par les troupes allemandes à partir du 25 août jusqu'au 2 septembre 1914 ; la censure joue déjà ici son plein rôle et ce n'est pas pour rien que Jean d'Osta le qualifie de «presse du moindre mal».
Pour votre information, deux cents quarante-huit citoyens y sont massacrés et un sixième des bâtiments de la ville détruit, y compris la bibliothèque universitaire et ses collections de manuscrits médiévaux et de livres anciens. La plus grande partie de la population est expulsée de chez elle et des habitants seront même déportés en Allemagne.
La mise à sac de cette ancienne ville universitaire aura un retentissement international.

Jean Heyblom 

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