Le Cercle d’Histoire de Bruxelles vous propose cette chronique consacrée à la Première Guerre mondiale, s’associant ainsi à son tour à la commémoration du centenaire de la WWI. 

Le Cercle dédie ce travail à la mémoire du soldat volontaire du 6ème de Ligne CONSTANT HEYBLOM blessé le 6 février 1915 devant Dixmude et décédé à l’âge de 25 ans à l’Hôpital de l’Océan le 10 février de la même année. Il repose au cimetière militaire belge de La Panne.

Ces articles sont écrits par Jean Heyblom, historien.

Chronique 1914-1918 :"Résister par la zwanze" (07)

Manneken-Pis se gausse des boches  

Pendant cette période, les principales préoccupations des Bruxellois furent de vivre et même de survivre ou plus prosaïquement comment se nourrir, se vêtir et se chauffer. Afin de soutenir le moral de la population soumise à un régime d'occupation sévère et dur qui s'étendit pendant environ 50 mois (d'août 1914 à novembre 1918) et qui se marqua aussi par des arrestations de résistants, des déportations de chômeurs, des difficultés d'approvisionnement en denrées et des réquisitions de matières premières, circulèrent des cartes postales, des journaux, des dessins qui caricaturaient férocement l'occupant. Cette manière d'agir n'était pas sans risque pour les "résistants" et ce matériel était distribué évidemment sous le manteau. Un thème parmi d'autres qui illustrait ce genre de document est celui de Manneken-Pis qui se gausse des Boches. Notre petit bonhomme se devait d'être de la partie puisque notre Manneken est devenu au fil du temps le symbole même de la résistance à toute occupation étrangère.Vous le verrez donc sur les illustrations pisser sur les Boches ou Alboches : rappelons que "al" = Allemand et qu'en argot "boche" (avec l'origine "bosse" ? = tête) que l'on retrouve dans caboche) ou mieux "tête de boche" désigne une personne à tête dure, une tête de bois ou la boule de bois du jeu de quilles ; en somme le sens général du terme "Boche" est celui d'Allemand demeuré, idiot, rustre.Quant au nom Huns que vous trouverez sur la carte postale qui caricature Guillaume II et son fils Guillaume, le Kronprinz, il désigne ce terrible peuple mongol du roi Attila (vers 395-453) surnommé "fléau de Dieu". Il fait allusion directe aux exactions commises par les troupes allemandes notamment en août 1914, mais aussi à la situation engendrée par une occupation sans pitié ou barbare.Une autre carte postale fait allusion à Moritz Ferdinand von Bissing, général allemand qui fut gouverneur militaire de la Belgique du 24 novembre 1914 à sa mort au château de Trois-Fontaines à Vilvorde le 18 avril 1917. Bruxelles a connu sa fastueuse cérémonie d'enterrement. C'est lui aussi qui signa notamment la condamnation à mort d'Edith Cavell. C'est donc son décès qui est évoqué dans ce document comme le montre la traduction des phrases attribuées aux divers protagonistes : Manneken-Pis " Ose remettre ça en lice et tu recevras un jet de ma pisse" ; Pietje la Mort " Je te tiens, vieille baderne, arrête donc tes balivernes" ; von Bissing "Ce que nous avons nous le gardons".

Note : tous les documents qui illustrent cet article sont la propriété de Jean Heyblom, président du Cercle d'Histoire de Bruxelles

Note : tous les documents qui illustrent cet article sont la propriété de Jean Heyblom, président du Cercle d'Histoire de Bruxelles

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Chronique 1914-1918 :"Résister par la zwanze" (06)

La bataille de l'Yser vue par la caricature anti-allemande

A partir du 7 octobre 1914, l'armée belge se retire du camp retranché d'Anvers qui chute le 10 octobre pour se retrancher sur l'Yser. Le 18 octobre 1914, "la bataille de l'Yser s'engageait. Rangée sur un front boueux de 38 kilomètres, notre armée alignait 53.000 fusils, 4800 sabres, 184 mitrailleuses, 292 canons de 75, 14 obusiers de 150 et fut bientôt renforcée par les 4.000 fusiliers marins français de l'amiral Ronarch.
Pendant sept jours, sans égard aux pertes qu'ils subissaient, les Allemands se ruèrent sur les lignes de défense belges improvisées, en direction de Dixmude et de Nieuport. Pendant sept jours, les Belges et les fusiliers marins français tinrent bon. Au cours de la nuit du 21 au 22 , l'ennemi réussit pourtant à franchir l'Yser à Tervaete. De nouveaux renforts lui permirent d'atteindre, le 24, le remblai de chemin de fer Dixmude-Nieuport. Les Belges étaient épuisés ; à force de tirer, la moitié des canons avait été mise hors d'usage ; les réserves de munitions manquaient ; 12.000 hommes avaient été tués ou blessés. Mais il fallait poursuivre la résistance et barrer la route de Calais. Le 27 octobre , profitant d'une accalmie, les troupes du génie ouvrirent les vannes de l'écluse de Furnes puis, sur la suggestion du batelier Geeraert, on risqua l'ouverture du déversoir de Noordvaart, au nez et à la barbe des Allemands. L'eau salvatrice s'engouffra vers le champ de bataille; d'heure en heure, silencieusement la nappe liquide s'élargissait.
Le 30 octobre, les Allemands reprirent l'attaque avec des divisions fraîches. Ils se battaient pour Ramscapelle, quand la marée du soir les surprit et les embourba. "Chassé par le plus terrible des éléments, l'ennemi évacua précipitamment ses positions [ndlr : le 31 octobre 1914], la bataille de l'Yser étaient gagnée [ndlr : le front resta fixé jusqu'au 15 octobre 1918]. Malgré la détresse matérielle et morale, le soldat belge s'était montré supérieur en courage au soldat allemand bien équipé et fanatisé. Après la bataille de l'Yser , le front se stabilisa : une guerre de position commençait" ( d'après Georges-Henri Dumont, Histoire de la Belgique, Paris, France Loisirs,1977, p.449-450).
Les cartes postales caricatures qui illustrent ce texte, et qui appartiennent au CHB, circulaient sous le manteau en Belgique occupée. Comme la presse clandestine, elles participaient à maintenir le moral de la population pendant cette dure et impitoyable période.
Si vous voulez vous informer sur l'épisode et les circonstances des inondations tendues par l'armée belge sur le front de l'Yser, rendez-vous à Nieuport-Stad et visitez près du monument consacré au Roi Albert Ier le Westfront-Nieuwpoort avec son centre d'interprétation particulièrement bien réussi.

Note : tous les documents qui illustrent cet article sont la propriété de Jean Heyblom, président du Cercle d'Histoire de Bruxelles

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Chronique 1914-1918 :"Résister par la zwanze" (05) :

Comment Bruxelles se gausse de l'activisme :
la proclamation d'une Marolle autonome et indépendante le 17 février 1918 (suite et fin)

Voici la deuxième partie du texte :

1) La Marolle est constituée en Etat autonome et indépendant.
2) Ses limites définitives seront établies par la conférence de Brest-Lilekezot [jeu de mot sur Brest-Litovsk].
3) Le roi Albert, le Gouvernement du Havre, le Collège échevinal de Bruxelles et tous les gros bonnets de le Stadhuis [Hôtel de Ville] sont foutus à la porte.
4) L'emploi du marollien devient obligatoire et gratuit.
5) Plus aucune gazette ne sera imprimée en français ; cette mesure ne vise ni La Belgique ni Le Bruxellois qui continueront comme par le passé à paraître en pur marollien.
6) Tous les caberdouches seront fermés à 8 heures (heure des montres déposées chez Ma Tante, rue St-Ghislain) [Le Mont de Piété] sauf ceux qui sont fréquentés par les membres du Gouvernement marollien et les Zattekuls [soûlards] du Conseil de Flandre ( Verraad van Vlaanderen).
7) Tous les Brusseleers étant quand même ruinés coucheront désormais sur la paille (en vente 20 francs le kilo à la Scherreweg Zentrale, Chambre n° 100).
8) Tous les réverbères, lanternes et autres vettepottekes [pots à graisse] seront allumés de 8 heures du matin à 8 heures du soir pour empêcher les aéroplanes de voir la lune en plein jour. Pendant la nuit ils seront peints en blanc clair et transparents.
9) La Marolle se considère en état de guerre avec Monaco, Moresnet et son ennemi séculaire : le marquisat de Molenbeek.
10) Tous les sabres en bois du Grand Bazar et les canons de zinc de chez Tietz [magasin rue Neuve] sont confisqués et fondus pour faire de la monnaie.
11) Toutes les libertés sont supprimées.,l'esclavage est rétabli, ceux qui en chocheté diront des choses contraires ou qui seront soupçonnés de travailler contre nous seront déportés ou supprimés.
12) La devise du nouvel Etat marollien est : « Smoel toe ! » [ferme ta g....].
13) La garde civique est rappelée sous les armes d'accord avec les stokagents [agents de police porteurs d'une matraque]. Elle est chargée de l'exécution des présents décrets.

LE NOUVEAU GOUVERNEMENT

Le nouveau suffrage universel étant une vaste blague (voir les études historiques de Son Excellence le Trotski, grand chevalier de l'Aigle Rouge de Prusse) les membres du gouvernement de la Marollie se sont nommés eux-mêmes, à vie, au traitement de 50.000 marks dans l'ordre suivant :
Président du Conseil : Takschijter, dit le roi des tapeurs [Pieter Tack] ;
Ministre de la Guerre : le général Borm Lawijt [August Borms] ;
Ministre de la Musique : Verheest, maître-chanteur [Emile Verhees] ;
Ministre de la Finance : Rosse Boestring, dit Jef den dief [Joseph Van den Broeck];
Ministre des Latrines : Me...de [Hyppoliet Meert];
Ministre des Carottes : Hiel Verneuft [Emile Vernieuwe];
Ministre de la Marine : Chosson, dit l'avaleur de mercure ;
Conservateur des poussières : René de Kleermot [René De Clercq conservateur du musée Wiertz].

Par ordre : le Grand Chancelier,
PITJE SNOT.
(fin du texte)

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Les illustrations sont des cartes postales dessinées par A. Perquy. Parues à Amsterdam, elles caricaturent les membres du Conseil de Flandre et particulièrement ceux qui se sont rendus à Berlin le 3 mars 1917 (voir chronique 14-18 n°3) : remarquez le jeu de mots Raad = Conseil et Verraad = trahison sur la cp représentant V. Lambrechts (erreur pour Jacob Lambrichts)

Chronique 1914-1918 :"Résister par la zwanze" (04)

Comment Bruxelles se gausse de l'activisme :
la proclamation d'une Marolle autonome et indépendante le 17 février 1918 (1ère partie)

01 Loccupant se mefie des MarollesVoici la première partie du texte de cette fameuse proclamation. Notez que les mots ou noms entre crochets droits sont des traductions ou des informations et ne font donc pas partie du texte original.

« Les 800.000 z'habitants du Grand-Bruxelles, ça est un tas de stoeffers [vantards] franskillons et de wallebake [noceurs] flamands. Nous autres, potverdoeme [nom de dieu], on est des tas de Marolliens pur sang, nés natifs de la rue aux Laines, de le Vosseplein [autre nom de la place du Jeu de Balle] et de l'impasse Perle d'Amour, et l'on sait, potvermiele [nom de mille], ce qu'on veut. Ils sont là-bas des tas de milliards d'hommes qui se battent pour l'indépendance belge. Il y a des English, des Français, des Italiens, des Portugais, des Serbes, des Monténégrins, des Américains, des Russes, des Brésiliens, des Chinois, des Japonais, des Mexicains, des Colombiens, des Indiens, des Canadiens, des 02 Illustre 1914 n5 septembre 1914 Les Allemands et les MarollesAustraliens, les trois quarts du monde, allez. Tous ces gens, ils ont une vis lâchée dans leur caboche ; ils sont stapelzot [timbrés]. La Belgique est une flauske [blague]! Il n'y a plus de Belgique ! ! ! René De Clercq l'a dit sur le Grand Théâtre de l'Alhambra et ce slume cadeï [ce malin gamin], il le sait bien mieux que les autres, puisqu'il a son fils studé sur l'université flamande de Gand dans un bocal. Plus de Belgique, plus rien que la Flandre zonotome, la Wallonie découpée en kip-kap et la Marolle libre et indépendante ! C'est pour ça que nous autres Marolliens on a convoqué nos compatriotes à un meitung de monstres, dans les salons de la dikke luis [le gros pou], rue Haute, et on a voté à l'ullimité moins les voix de ceux qui sont contre la résolution suivante : Deux cent quarante-sept zonnekloppers [litt. batteurs de soleil = carottiers, tireurs au flanc], tonneklinkers [litt : ceux qui renversent un tonneau = buveur de fond de tonneau], veurvechters [bagarreurs], hoogstratengasten [habitants de la rue Haute], patatesmokelaars [fraudeurs de patates] et autres gardes civiques, représentants autorisés de la population bruxelloise, avons pris le décret suivant :

Die Deutschen Soldaten in Brussel le canon au Palais de JusticeLes illustrations nous montrent le canon pointé par les Allemands vers le quartier des Marolles, car ceux-ci se méfiaient particulièrement de ce quartier populaire à l'esprit frondeur et indépendant.

 

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