Le Cercle d’Histoire de Bruxelles vous propose cette chronique consacrée à la Première Guerre mondiale, s’associant ainsi à son tour à la commémoration du centenaire de la WWI. 

Le Cercle dédie ce travail à la mémoire du soldat volontaire du 6ème de Ligne CONSTANT HEYBLOM blessé le 6 février 1915 devant Dixmude et décédé à l’âge de 25 ans à l’Hôpital de l’Océan le 10 février de la même année. Il repose au cimetière militaire belge de La Panne.

Ces articles sont écrits par Jean Heyblom, historien.

Chronique 1914-1918 : "Résister par la zwanze" (11 et fin)

Les exactions allemandes caricaturées

IMG 20171106 0001Depuis le 4 août jusqu’au 21 octobre 1914, on compte pour la Belgique 101 incidents majeurs (dans lesquels 10 civils ou plus ont été tués) avec 4.421 civils massacrés et 383 incidents mineurs (dans lesquels de 1 à 9 civils ont été tués) avec 1.100 victimes : le total général pour cette période est de 5521 civils (hommes, femmes et enfants). Voir à ce sujet le remarquable ouvrage de HORNE, John & KRAMER, Alan, op.cit., Paris, 2011. Les violences les plus graves (plus de 100 victimes) se produisirent à Melen (108), Soumagne (118), Aarschot (159) Andennes/Seille (262), Tamines (383) Ethe (218) Louvain (248) et Arlon (133). Le triste record en victimes est détenu par Dinant (674). Mais que s'est-il passé à Dinant ? La bataille de Dinant a opposé les troupes françaises (3e bataillon du 33e RI, 73e RI, 8e RI et 148e RI) aux 100e RI, 101 RI, 103e RI, 108e RI, 178e RI, 182e RI, 12e RAC et 48e RAC de la 3e armée allemande de Von Hausen (RI = régiment d'infanterie, RAC = régiment d'artillerie de campagne) du 15 août au 23 août 1914. Une première tentative de l'envahisseur de s'emparer de la ville se situe le 15 août. Elle a eu comme résultat qu'il s'empare de la citadelle après d'âpres combats à la fin de la matinée. En fin d'après-midi, la citadelle est reprise par les Français et les Allemands battent en retraite. Les forces alliées décident alors de se retrancher sur la rive gauche de la Meuse face à la citadelle située sur la rive droite. Dans la nuit du 21 au 22 août une nouvelle incursion allemande se produit : à cette occasion l'ennemi boute le feu à des habitations de la rue Saint-Jacques. Les troupes françaises font retraite le 22 août. Le lendemain, les Allemands en représailles sans doute à l'accueil de la population faite aux Alliés et à la résistance militaire acharnée qu'ils ont rencontrée de la part des Français fusillent 674IMG 20171106 0002 hommes, femmes et enfants, mettent à sac la ville et détruisent plus de mille maisons. Ils déportent aussi 400 civils. Signalons aussi que, lors de la bataille de Dinant, le lieutenant Charles de Gaulle fut blessé à la jambe en défendant l'accès au pont de Dinant le 15 août 1914. Une statue lui a été élevée à cet endroit le 15 août 2015. Les massacres perpétrés par les troupes allemandes dans le pays pendant cette triste période ont été justifiés du côté allemand par le fameux mythe de l’existence de francs-tireurs, comme d'ailleurs par les légendes de curés assassins de fantassins prussiens, de femmes ou même d’enfants massacreurs de soldats. Elles s’étaient forgées dans l’esprit des troupes allemandes et eurent donc pour effet direct de nombreuses mises à mort de civils innocents, des destructions de villes ou de villages, alors que la seule cause réelle des pertes dans les rangs ennemis dans les divers lieux cités était à chercher, soit dans le tir de soldats belges réguliers, soit dans des mouvements de panique au cours desquels les troupes d’invasion se tirèrent mutuellement dessus. Mais il faut surtout considérer comme cause principale des exactions allemandes la rage provoquée par la résistance inattendue opposée à l’invasion par cette petite armée belge (« des soldats de chocolat » selon l’état-major allemand) qui mettait à mal l’exécution et le timing du plan Schlieffen. Se basant unilatéralement sur des témoignages de soldats allemands, un "historien de l'art local" Ulrich Keller s'est dans son ouvrage Schuldfragen.Belgischer Untergrundkrieg und deutsche Vergeltung im Auguste 1914 , éd. Ferdinand Schôningh,437 p. permis de remettre au goût du jour la thèse de l'existence de soldats belges déguisés en civils francs-tireurs, voulant sans doute soulager la conscience des Allemands. Nous lui disons tout simplement d'aller apprendre ce qu'est un vrai travail historique en lisant l'ouvrage de Horne et Kramer !!

Nous terminons cette chronique ce mois de novembre 2018, mois du centenaire de l'armistice, par ce dernier texte en rendant hommage aux victimes de cette guerre qu'elles soient militaires ou civiles.

Chronique 1914-1918 : "Résister par la zwanze" (10)

Des canards pas comme les autres, la presse "embochée".

coll Jean Heyblom 01Comme pour les autres thèmes que nous avons déjà développés, les cartes postales présentées (coll. Jean Heyblom) circulaient sous le manteau afin de soutenir le moral de nos compatriotes. Elles portent cette fois sur la presse dite " embochée ", terme satirique qui désignait ainsi la presse censurée par l'occupant allemand.coll Jean Heyblom 02

" Avec l’invasion progressive de la Belgique par les troupes allemandes, la presse belge cesse son activité.... Les opérations militaires perturbent naturellement le travail des journalistes, mais c’est surtout l’installation du régime d’occupation allemand qui provoque l’arrêt des rotatives. Le contrôle imposé par l’envahisseur n’était pas tolérable pour la grande majorité des rédactions. [...] La cessation de la parution des principaux journaux belges semble donc plutôt être le fait des directions ...        Quant aux organes qui continuent de paraître ou qui apparaissent à partir de l’automne 1914, ils sont soumis à une censure sévère exercée par le pouvoir militaire. Cette mission est, ensuite, assurée par une administration civile... Cette action est cependant faiblement organisée et n’est pas soumise à une conduite centralisée uniforme. Cette lacune est réparée progressivement à partir du début de l’année 1915. Dans le contexte général du conflit, le contrôle de la presse prend de coll Jean Heyblom 03l’ampleur. Il devient un enjeu plus important dans le cadre d’une guerre des propagandes qui se développe au tournant des années 1914-1915. Un organe central de contrôle est créé en janvier 1915, puis est intégré au sein du département politique du Gouvernement Général de la Belgique. Celui-ci est dirigé par Oscar von der Lancken-Wakenitz ... L’information publiée en Belgique occupée ne pouvait donner de nouvelles militaires défavorables à l’Allemagne et à ses alliés, ne pouvait renseigner sur les actions du gouvernement belge en exil et devait absolument éviter de communiquer des articles susceptibles « d’entretenir ou de renforcer la haine de la population contre l’Allemagne ». L’application de ces principes était confiée à des bureaux de censure fonctionnant au sein des différentes rédactions. D’autre part, celles-ci sont contraintes de recourir aux bulletins d’information publiés par une agence de presse hollandaise, financéecoll Jean Heyblom 05 par les autorités allemandes, pour obtenir des dépêches sur le déroulement de la guerre. Tout au long de la guerre, le Gouvernement général utilise la presse censurée pour défendre ses buts de guerre. De nouveaux journaux sont créés surtout pour donner une audience plus large aux actions des activistes flamands. Près de 500.000 exemplaires paraissent en Belgique occupée au printemps 1915. Ils sont soumis à une censure de mieux en mieux organisée, mais qui ne fonctionne pas de manière uniforme. Si les organes de presse les plus dociles suivent à la lettre les consignes du département politique, d’autres titres refusent de traiter de certaines questions. C’est le cas de journaux francophones qui s’abstiennent de communiquer au sujet de la séparation administrative de la Belgique à partir de 1917. Parmi les quotidiens les plus lus, la presse bruxelloise est la plus importante avec le Bruxellois et La Belgique qui paraissent chacun à plus de cent mille exemplaires. [...] La presse censurée rencontre de plus en plus de difficultés à partir du début de l’année 1918. L’augmentation des coûts de fabrication entraîne une augmentation des prix et une diminution du nombre de pages publiées. Certains titres disparaissent à cause de ces problèmes matériels. L’armistice donne, ensuite, un coup fatal à la plupart des journaux ayant transigé avec la censure allemande. Leur direction et leur personnel subissent, en de nombreux endroits, la colère de la population libérée, avant d’être traduits en justice devant les tribunaux chargés de poursuivre les inciviques". (texte la presse censurée pendant la Grande Guerre d'Axel Tixhon extrait de https://warpress.cegesoma.be site dont nous vous recommandons vivement la lecture.

               

 

 

Chronique 1914-1918 :"Résister par la zwanze" (09)

Comment se moquer d'un instant dramatique : l'invasion de notre pays en août 1914

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Depuis la fin juillet et au début août 1914, des nuages sombres s’amoncellent à l’horizon : ultimatums, mobilisations et déclarations de guerre se succèdent. L’engrenage qui mènera au final 33 pays vers la Première Guerre mondiale se met petit à petit et inexorablement en place.
A partir du 29 juillet 1914, notre pays vit « sur pied de guerre renforcé » avec le rappel des classes de 1910, 1911 et 1912 enrôlées suivant la loi de 1909 qui établit le service personnel d’un fils par famille. La mobilisation générale est décrétée par le gouvernement le 31 juillet à 19 heures : neuf classes de 1901 à 1909 issues du système du tirage au sort sont rappelées sous les drapeaux, en outre des trois déjà convoquées. L’armée compte le 2 août 1914 environ 200.000 hommes dont 117.000 pour l’armée de campagne. Si une inquiétude sourde règne dans les milieux diplomatiques bien informés, une bonne partie de l’opinion publique croit pourtant encore que notre neutralité garantie par la France, leIMG 20140422 0058 Royaume-Uni, la Prusse, l'Autriche et la Russie nous protègera et que nos frontières seront respectées. Un document est remis par Klaus von Below-Saleske, ministre d'Allemagne en Belgique au ministre des Affaires étrangères Julien Davignon le dimanche 2 août 1914 à 19 heures. C’est l’ultimatum de l’Allemagne à la Belgique. La réponse est attendue dans les 12 heures Sur le plan diplomatique pur, il n’y aura jamais de déclaration de guerre effective et officielle de la part de l’Allemagne. Le dimanche 2 août à 21 heures, au Palais, le gouvernement se réunit en présence du roi Albert Ier : les réactions des ministres passent par l'indignation, la colère et l'anxiété, mais ils décident de ne pas céder aux exigences allemandes. Une fois la réunion du Cabinet (Conseil des IMG 20171104 0003ministres) terminée, à 22 heures le Conseil de la Couronne (c’est-à-dire le Cabinet élargi aux ministres d’Etat) adopte et entérine cette prise de décision. Il met au point la réponse de la Belgique. Le lendemain, soit le lundi 3 août 1914, Julien Davignon remet à 7 heures la réponse du gouvernement à l'ambassadeur allemand. Le mardi 4 août 1914 les troupes allemandes, arrivant de la direction d'Aix-la-Chapelle, franchissent notre frontière à Gemmenich vers 8 heures et marchent sur Liège et sa ceinture de forts. A Bruxelles, à 10 heures, le roi Albert Ier prononce devant les Chambres réunies un discours mémorable, puis quitte notre capitale pour prendre la tête de notre armée.

Les quatre cartes postales (coll. Jean Heyblom) qui illustrent cet article abordent avec une ironie mordante le thème de la violation de la neutralité de la Belgique en dehors de toutes les conventions internationales : en somme une invasion injuste, lâche et brutale.la belgique proteste

Carte n°1 : Guillaume II fait la leçon aux généraux allemands : "nous envahissons traîtreusement la Belgique"
Carte n°2 : traduit sans accent allemand ! ce cavalier dit : "Décidément ce cheval il offre un trop grand respect de la propriété d'autrui. C'est certainement pas un cheval allemand. Je le renie". Une allusion sans équivoque et cynique à l'invasion de notre pays !!
Cartes n°3 et n°4 : Le viol de notre nation : une caricature très réussie

Chronique 1914-1918 :"Résister par la zwanze" (08)

Les fables de La Fontaine servent à se moquer de l'envahisseur allemand

carte n 1Dans cette série d'articles, nous passons en revue différents thèmes utilisés par les illustrateurs de cartes postales pour faire écho, dans un esprit de résistance, à la situation de la Belgique ou de ses habitants pendant la Première Guerre Mondiale. Nous vous présentons ici avec ces trois cartes postales le thème des fables du célèbre auteur du 17e siècle Jean de la Fontaine appelées à la rescousse pour se moquer avec une féroce ironie de notre envahisseur : chacune des cartes postales porte le titre : « Les Fables de La Fontaine carte n 2en action » et comporte deux scènes ; la première carte illustre la fable  La Laitière et le Pot au Lait : on y voit l'empereur allemand Guillaume II de Hohenzollern (1859-1941) habillé en fermière comme Perrette que l'on voit présente dans la scène du dessous ; comme l'héroïne de la fable, il a cassé son pot au lait ; sur un des morceaux du pot est inscrit « empire de l'Europe », allusion aux rêves brisés d'hégémonie du kaiser. La deuxième carte illustre la fable Les Animaux Malades de la Peste : on y distingue sous le titre « Les Animaux Malades de la Poste » l'intérieur d'un bureau de poste avec quatre guichets tenus par des soldats allemands moqués par leurs attitudes ; les trois premiers guichets portent les panneaux Mandats, Timbres poste et Poste restante ; en dessus de cette scène vous pouvez en voir une seconde qui représente des animaux ; la troisième carte  illustre la fable  Le Loup et l'Agneau : on y repère une première scène avec une jeune fille portant en écharpe autour du corps les couleurs du drapeau belge et un soldat allemand qui la menace de son épée ; cette scène porte le titre de la fable avec les mots La Belgique et l'Allemagne, référence la plus explicite à l'invasion  brutale de notre pays, pourtant protégé en  droit international par sa neutralité ; la deuxième scène de la carte montre le loup et l'agneau au bord d'une mare comme dans la fable. Sa conclusion est écrite en dessous « La raison du plus fort est toujours la carte n 3meilleure », elle  renforce la leçon que donne ce document sur l'attitude inique de l'Allemagne envers notre nation.

Note : tous les documents qui illustrent cet article sont la propriété de Jean Heyblom, président du Cercle d'Histoire de Bruxelles

 

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