Un bassin populaire communal de natation au boulevard de l'Abattoir

Image3Saviez-vous qu'un bassin de natation a existé à cet endroit en plein boulevard ? En effet, à la fin du 19e siècle, apparut la nécessité de doter Bruxelles d'une piscine publique surtout pour des raisons d'hygiène moins que pour des raisons de pratique sportive, la question fut enfin abordée par les autorités communales et trouva sa solution par la décision prise en Conseil communal le 27 mars 1899 de la construction de ce qu'on appellera le "Honnekensbad" ou le "Hondekensbad" (1).
Malgré une opposition des riverains, il fut inauguré le 15 mai 1900 par le bourgmestre Emile De Mot ; ce bassin en plein air, de 50m de longueur sur 12m, réservé aux hommes, s'étendait sur un terrain situé entre les rues de la Poterie et la rue de la Rosée sur le terre-plein du boulevard de l'Abattoir et de son jumeau le boulevard Poincaré.
Autour de la piscine étaient disposées 112 cabines et quelques locaux accessoires, lingerie, logement du concierge, W.C. et urinoirs. L'alimentation était obtenue par une prise d'eau au canal de Charleroi, exactement dans le bassin Devis qui se trouvait entre l'écluse 54, la porte de Ninove et la rue Heyvaert. Toute cette partie du canal disparaîtra dans les années 1930. honnekens
Les conduites d'amenée et de refoulement, des colonnes de fonte de 0,50m de diamètre, assuraient un débit de 100 litres d'eau par seconde, ce qui donne, entre 6 heures du matin et 8 heures du soir, un cube journalier utilisable de 5.000 mètres, soit de quoi suffire à quatre renouvellement complets, par jour, de l'eau de la piscine. Après avoir traversé le bassin, les eaux étaient reprises à l'aide d'une pompe centrifuge actionnée par un moteur à gaz de 13 chevaux et rejetées dans le bief d'origine. Il y avait une décharge de curage, conduisant à l'égout. Le fond du bassin était carrelé en carreaux céramiques. Malgré le système décrit ci-dessus, la stérilisation de l'eau est encore primitive et le maître-nageur versait une cruche d'eau de Javel directement dans l'eau du bassin toutes les demi-heures. Une toiture partielle, en lattis, laissait pénétrer à profusion l'air et la lumière, tout en cachant la vue du bassin aux habitants des maisons environnantes.
Le bâtiment fut construit en béton armé par la firme Hennebicq, procédé qui avait permis une économie considérable. L'établissement n'était ouvert que pendant l'été du 15 mai au 30 septembre. A l'entrée de l'hiver, le bassin était vidé. L'établissement possédait six douches alimentées par l'eau de la ville. Avant d'être admis dans la piscine, le baigneur devait se laver sommairement, au savon, sous la douche. Les jours de grande affluence, la durée du bain est limitée à quinze minutes et les surveillants frappaient l'eau avec de longues gaules afin de rappeler les récalcitrants à l'ordre. Les admissions se faisaient par fournées, à un signal de cloche. Le prix du bain était de 15 centimes, prix très démocratique comparé au tarif de 1 franc pratiqué au Bain Royal rue de l'Enseignement. A l'entrée située du côté de la porte d'Anderlecht, le baigneur recevait un caleçon et un essuie-mains ; en sortant par l'extrémité opposée du bâtiment vers l'Abattoir, il déposait son linge dans un petit local réservé à cet effet. Le linge ne se lavait pas à l'établissement, mais à la blanchisserie Mon-Plaisir.

Pourtant ce bassin qui n'avait rien de paradisiaque, eut son succès auprès des travailleurs et des gamins des proches quartiers populaires comme celui du Coin du Diable, mais aussi de Molenbeek et d'Anderlecht. Les mâitres -nageurs avec Luppens AugusteLes mâitres -nageurs avec Luppens Auguste (2)Ni la mousse qui transformait les bords du bassin en patinoire, ni la couleur de l'eau ne les rebutaient. Il semble que cet établissement ait été un gouffre financier ; de plus ses installations ont très vite été obsolètes et des aménagements furent réclamés : il fut qualifié en 1929 de "mare alimentée par les eaux du canal" et en 1934 un conseiller communal le décrit comme "ignoble non seulement par ses bâtiments, ses cabines, mais aussi par l'eau du canal, eau stagnante, impure au point de vue chimique et bactériologique et peu engageante pour les nageurs. C'est un vrai scandale".
En 1915 déjà, l'écrivain Jacques Van Melkebeke en narrant sa première baignade qu'il y fit à l'âge de 13 ans soulevait le problème : " Il y avait foule au Bain de l'Abattoir. Figurez-vous une sorte de cuve cimentée, toute grouillante de moutards, et pleine d'une eau limoneuse, d'une opacité suspecte, directement empruntée au canal voisin. Quand un non-nageur s'aventurait le long de la barre jusqu'à la grande profondeur, un coup de gaffe paternellement appliqué sur le crâne le rappelait vite à la prudence. Etant introduit parmi la foule pressée, je me disposai à exécuter scientifiquement les mouvements de la brasse, mouvements que j'avais étudiés dans le Petit Larousse Illustré, quant l'espèce de mousse qui tapissait le fond me fit déraper comme sur une souche de savon gras et je disparus. Si mon ami Bouboule ne n'avait attrapé par les cheveux, je n'aurais pas survécu".
A ceci ajoutons qu'au fil des ans le béton se désagrégeait et qu'il était très difficile de repérer les nageurs en difficulté dans ces eaux troubles ; des accidents mortels s'y seraient produits semblables à celui du 9 juin 1900 du jeune Auguste Marcaert, 16 ans, de l'Ecole Normale. Ce bassin est resté en activité jusqu'au environ de 1936. Sa disparition est liée aux travaux de voûtement de la Senne et il sera comblé et démoli en 1945.

(1) On trouve les deux surnoms : « honnekensbad » en est la forme en bruxellois flamand (brussels vloms), « hondekensbad » en est la forme néerlandaise, mais la signification est la même : « bassin des petits chiens  ou des chiots» ; lorsqu'il fut désaffecté le bain aurait été occupé par de nombreux chiens errants,  d'où ce surnom, mais je crois plus au fait que c'est le marché aux chiens qui se tenait à proximité qui en est à l'origine.

(2) Iconographie : vous trouverez accompagnant le texte trois vues du bassin de l'Abattoir tirées des archives du Cercle. Grâce à Nicky Luppens, une photo exceptionnelle nous montre les maîtres nageurs du bassin et le concierge. Le personnage au maillot noir orné d'un lion est Auguste Luppens, né le 16 novembre 1899 à Bruxelles, rue de la Verdure 29 et décédé à  Bruxelles le 29 novembre 1945 ; chauffagiste à la Ville de Bruxelles à la centrale de la rue du Chêne, il épousa Sidonie De Greef, née à Bruxelles le 27 janvier 1902 dans la Cité Vanderkelen (celle-ci fut démolie pour construire la Cité Hellemans) et décédée le 2 juin 1978, profession marchande de 4 saisons ; le couple eut trois enfants : Ambroise, Catherine et Nicolas. Auguste Luppens est le grand-père paternel de Nicky, lui-même petit cousin de Jean Heyblom.

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