Les tribulations du Musée du Jouet

une salle du musée musée du jouetUn petit brin de nostalgie
En abordant la rédaction de cet article, je me rappelle les vitrines des grands magasins du centre-ville, le Bon Marché, les Galeries Anspach, l'Innovation ou encore le Magasin de la Bourse qui rivalisaient entre elles pendant les fêtes de fin d'année pour susciter l'émerveillement dans les yeux des ketjes comme des grandes personnes.
Mr André Raemdonck, fondateur et conservateur du Musée du Jouet à Bruxelles, raconte dans un magasine l'ingéniosité déployée par ces grands magasins pour décorer leurs étalages autant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Il rappelle qu'à l'étage «Jeux et Jouets» du Bon Marché, on a pu voir une fusée dans laquelle pouvait prendre place un enfant. Elle se redressait pendant qu'il visionnait un petit film qui lui donnait l'impression du décollage.
Ilnous relate aussi qu'une année untrain à échelle réduite faisait le tour de tout un étage du Bon Marché, soit un circuit de rails de 200 mètres. Ce trainconnut une suite heureuse, car il le racheta pour 15.000 francs de l'époque, quelques années plus tard, aux Galeries Anspach où ils liquidaient ce qui avait appartenu au Bon Marché. Treize caisses renfermaient la locomotive et les rails. Elle est toujours en activité dans les salles «Trains» du Musée du Jouet.

L'idée d'un Musée du JouetVitrine exposant des petits jouets CC BY 4.0
Mr Robert Raemdonck concède que le jouet est « une passion qu'il a fait partager à ses enfants depuis leur plus jeune âge ». A chaque fête, anniversaire, Saint-Nicolas et étrennes, dit-il, j'offrais à chacun de mes six enfants un jouet ancien. Petit à petit tous les membres de la famille sont ainsi devenus titulaires d'une collection variée de jouets. Dans les années 1970, ce passionné monte, là où se situe actuellement City 2, des foires, salons et expositions consacrés, dans un premier temps aux trains miniatures. Les déballages et remballages successifs (gare à la casse !) que cela impliquaitfont naître l'idée de la recherche d'un lieu d'exposition permanent qui serait un musée vivant ouvert aux petits comme aux grands enfants.

Le Centre Anspach (1984-1989)
La renaissance des Galeries Anspach transformées en Centre Anspach va ouvrir de nouvelles perspectives : la passion qui anime André Raemdonck et son équipe les incite à y monter une exposition temporaire de jouets durant un ou deux mois. Le succès fut tel, raconte-il, qu'un Musée du Jouet permanent y voit le jour en 1985. Dans la revue Brabant Tourisme, sous la plume de Myriam Lechêne,les trésors de la collection sont dévoilés. Deux mille pièces sont exposées, tandis que 20.000 autres attendent des jours meilleurs dans les réserves. Mais une révision des loyers sonne malheureusement le glas ce cet entracte. Des négociations furent alors entreprises avec la Ville de Bruxelles et principalement avec son Premier Echevin, Michel Demaret afin de trouver unnouvel et plus grand espace.

Une animation au musée du jouet musee du jouetPetit à petit, le Musée du Jouet fait son nid
Les négociations avec la Ville de Bruxelles conduisent au rachat du bien par le Muséeet à sonl'installation au n° 24 de la rue de l'Association dans le quartier de Notre-Dame-aux Neiges. Tracé au cordeau en 1876, cette rue relie obliquement la rue Royale à la place de la Liberté. Elle reçoit son nom en rapportavec une de nos libertés constitutionnelles : le droit d'association. Le musée y occupe une maison de maître de trois niveaux et de quatre travées, construite en 1878 par un architecte qui n'a pas laissé son nom à la postérité. En 1895, elle est occupée par Mr Hermann F., rentier.

Marc Beaudelot dans La Capitale du 7 juillet 1999 signale que pour notre ami André, le ciel va à nouveau malheureusement s'obscurcir. Evalué à 30 jours ouvrables, une rénovation de l'immeuble est entreprise par la Commission communautaire française (Cocof). Mais en Belgique rien n'est simple. Après deux ans, presque rien n'a bougé, à part la rénovation de la toiture, non prévue dans un premier temps, mais nécessaire. Au cabinet du ministre Didier Gosuin, on renvoie la balle dans le camp du conservateur qui devrait, dixit le Ministre, désencombrer les lieux aux étages, au grenier et dans les caves pour libérer l'espace. C'était aussi une précaution en cas d'incendie pour que les stocks ne nourrissent le feu. Enfin l'accord des pompiers met fin à la divergence de vue.

Le Musée du JouetVitrine exposant des vieux jouets en bois CC BY 4.0
Ouvert 7 jours sur 7 et 365 jours par an, une visite guidée du musée peut prendre entre un quart d'heure et trois semaines, dixitle conservateur. Le musée développe tout ce qui touche au domaine mondial du jouet. On y trouve des jouets sous toutes les formes et dans toutes les matières, du métal au bois, du carton au papier, d'une marionnette à la maquette, de la figurine à la miniature, en résumé, dixit encore André Raemdonck, « les coccinelles y sont parfois plus grandes que des éléphants ». Des thématiques y sont présentées et analysées annuellement. La collection (en 2010) du musée compte quelque 35.000 pièces différentes. A côté de la collection propre à la famille Raemdonck, des collectionneursmettent des pièces à la disposition du musée. Des particuliers lui offrent des jouets au lieu de les vendre. Epinglons le don remarquable fait par la fille de l'ancien homme politique gantois Théo Lefèvre (Premier Ministre CVP de 1961 à 1965). Des spécialistes es jouets y auscultent et réparent vos joujoux anciens et dispensent gratuitement des conseils. Depuis 2005, ces spécialistes, trois retraités bénévoles redonnent vie à la poupée de grand-mère ou réparent la mécanique à ressort des trains et autres voitures en tôle du papy. Une coutume bien sympathique s'est aussi installée au Musée du Jouet depuis de nombreuses années : les personnes qui se présentent le deuxième samedi de janvier avec leur nounours en peluche se voient offrir l'entrée. Dernièrement, ils étaient 650 à venir accompagnés. Cela nous amène à dire quelques mots de ce fameux « Teddy Bear ».

Si la poupée de chiffon fait figure d'ancêtre, le « nounours » est d'une conception beaucoup plus récente. En effet, une tradition veut qu'en novembre 1902 le président américain Théodore Roosevelt ( mandat de 1901 à 1909) surnommé « Teddy » chasse l'ours dans le sud des Etats-Unis. Le président rentrant bredouille à plusieurs reprises, un collaborateur trop zélé échafaude un stratagème lamentable : amener un ourson noir attaché à un arbre dans la lignée de mire du président chasseur. Celui-ci refusa d'abattre cette proie trop facile. Le Washington Star rapporte dans ses pages datées du 16 novembre ses paroles taillées presque sur mesurepour la postérité : « si je tire cet ourson, je ne pourrai plus jamais regarder mes enfants en face ». Un émigré russe de New-York, Morris Michtom, décide de transformer l'ourson en jouet avec l'assentiment de la Maison Blanche sous le nom de «Teddy Bear ». En 1904 le brevet est vendu à une grosse firme de jouets et le « Teddy Bear » connaîtra un succès énorme.

Conclusion 
Qu'ajouter à ces lignes, sinon, venez petits et grands découvrir et manipuler les jouets dans leur boîte d'origine, activité bien plus passionnante que glander devant un écran d'ordinateur !!

Sources
Informations et extraits puisés dans les articles de quotidiens bruxellois relatifs au Musée du Jouet et dans ma documentation personnelle.

François Samin, documentaliste bruxellois

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