Un mauvais café, c’est une lavasse !

Café filtreAlors que la marque Lavazza indique un café italien – et donc, a priori de bonne qualité – le mot « lavasse » désigne chez nous un café indigne de ce nom. Il serait étonnant que le Bruxellois n’ait pas enrichi le vocabulaire gustatif du café, d’expressions plus colorées encore que « café viennois » ou « café liégeois ». Aussi, la « lavasse » se décline-t-elle sous une série d’expression exotiques :

 

Le premier niveau de slapitude est représenté par un slappe kaffei. On notera l’orthographe flamande dans ce premier exemple. 

Un café twiede beuzze désigne tout naturellement la deuxième étape de cette descente aux enfers, puisqu’il s’agit du café obtenu en faisant passer une deuxième fois l’eau chaude par le même filtre.

Un afgegote café, traduit littéralement « café égoutté », porte sur une variante de l’horreur précédente, poussée à son paroxysme.

Les Bruxellois se souviendront avec nostalgie du « café filtre », lequel faisait fureur dans les années ’70 et vous était servi dans un magnifique ensemble en métal, entre-autres au « Bouquet romain » de la rue Beuve …. Woê es den taaid notoo, Madame ? Où est passé ce temps, Madame ?

Le troupcafé désigne la lavasse du bidasse. Gageons que nombre de nos lecteurs s’en souviennent avec émotion et reconnaissance pour le Nescafé en poudre ! Nen Ongaarse gendarme, m’a été signalé comme faisant également partie de la catégorie des expressions militaires, mais je n’ai jamais pu croiser ce témoignage.

‘t Es ne Melchelsen draadroêd est signalé par Marcel de Schrijver comme portant sur un café de mauvaise qualité (selon ses propres informateurs). Il signale cependant – de manière amusée – que le célèbre dictionnaire Van Dale attribue au « driedraad » malinois la signification de bière forte ! Faites-vous une idée avec ça …

Georges Lebouc cite : Ge kunt er aa gazet duileize, c'est-à-dire « tu peux lire ton journal à travers », indiquant que la densité de noir du breuvage est nettement inférieure à celle de l’encre de la gazette en question. En variante, de Schrijver et Lebouc rapportent : Ge zeet er Gent en Brugge dui, càd « Tu peux voir Gand et Bruges, au travers » : gageons que le brouillard de Nevele (entre ces deux villes) est plus dense que le café ainsi qualifié.   

Le degré le plus extrême de slapitude est sans contexte le pizzewit (littéralement « witte pis »), un café moins coloré que les urines normales (bon appétit !). On a là atteint le fond et l’on craint que la maîtresse de maison ou le garçon de café qui osent le servir, creusent encore pour approfondir leurs connaissances en la matière.

Woêtersoep tient un rôle à part dans cette série. C’est la translittération directe du mot néerlandais watersoep, qui désigne une boisson d’origine sibérienne (sic !) dont le goût est à mi-chemin du café et du thé, et qui stimule la pression sanguine. Dans le contexte qui nous occupe, l’affadissement gustatif dû au thé me semble justifier cette appellation.

Les Italiens résument tout ce qui précède par un méprisant « caffe americano ».
Ceci dit, je pars me préparer un double-expresso !

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