Regard sur l'Expo 58

Le 17 avril passé, nous avons fêté le 60e anniversaire de l'ouverture de l'Exposition universelle et internationale de 1958 de Bruxelles qui s'est tenue jusqu'au 19 octobre sur le plateau du Heysel où 39 pays participants et leurs pavillons accueillirent près de 42 millions de visiteurs. On peut avec le recul qualifier cette époque de charnière, car elle vit la fin de la « Belgique de papa ». Ces six mois constituèrent une sorte de trève avant que des problèmes économiques, sociaux et politiques viennent bouleverser notre pays. Mais resituons la plus précisément dans son contexte : les trente années qui suivent la deuxième guerre mondiale (1945-1979 de la fin de la guerre au premier choc pétrolier) voient chez les peuples naître un espoir de paix, de prospérité et de progrès que traduit bien le slogan que va adopter l'Expo « Bilan d'un monde, pour un monde plus humain ».

expo 58 le 17 avril linaugurationCette première expo universelle après 1945 se passe chez nous dans un climat d'euphorie et de joie. Pourtant derrière cette « Belgique joyeuse » se dissimulent la décolonisation en cours et la guerre froide , mais aussi la naissance de l'Europe, le début de la société de consommation (télévision, voiture, électroménager, supermarchés etc ), les nouvelles technologies (nucléaire, béton, électricité, conquête de l'espace etc) et les « Golden Sixties ». Les modèles urbanistiques prennent leur inspiration en Amérique dans un courant fonctionnaliste qui produira buildings et « cités radieuses » modifiant profondément la physionomie des villes. Les sociétés et les mentalités seront marquées par Mai 68 dont le bilan reste contesté. Pour la Belgique, qui se doute que le Congo sera indépendant deux années plus tard, que le problème communautaire et ses péripéties des années 60 vont faire éclater la Belgique unitaire et mener à une Belgique fédérale, régionale et communautaire à sept gouvernements, expo 58 Le Cheval Bayardque les grandes grèves de 1960 contre la loi unique sont un indicateur du déséquilibre économique qui ira s'accentuant entre une Wallonie malade de ses mines de charbon et de sa sidérurgie et une Flandre qui connaît la croissance, ce qui nous mènera à un régionalisme de revendication. Pour Bruxelles, dans cette même période, notre ville qui vient d'être ravagée par la marque indélébile de la Jonction Nord-Midi se voit profondément transformée par le « tout à l'auto » prôné par le ministre des travaux Omer Vanhaudenhove. Les tunnels, les parkings 58 et autres « œuvres » de la famille De Clercq, les viaducs et les autoroutes urbaines sont encore dans notre actualité. Des bâtiments « Art Nouveau » paient leur tribut au modernisme ambiant en disparaissant sous des pioches ravageuses comme la Maison du Peuple de Horta. Il faudra attendre la célèbre bataille des Marolles de 1969 et la naissance de nombreux comités de quartier pour contester cette folie immobilière dont le quartier Manhattan reste le symbole associé à deux noms tristement célèbres : Vanden Boeynants et Charly De Pauw. Le terme « bruxellisation » n'est pas né du néant. Rajoutons que Bruxelles paie de nos jours le manque de vision pour le futur des différents gouvernements qui se sont succédé après 1958 pour s'adapter à l'évolution de la mobilité ; le RER et ses ratés n'en est-il pas un bel exemple ? 

Jean Heyblom historien

Pour vous replonger dans l'atmosphère de l'Expo 58 nous joignons au texte quelques photos souvenirs tirées de nos archives.

bld de la Woluwe Le Lion rugissant de lexpo 58  expo 58 les bains de pieds pres du pavillon des USA expo 58 pavillon americain et Oreille de Calder expo 58 pousse pousse pres de latomium expo 58 pretres pres du pavillon de lUrss expo 58 casse croute a la bonne franquette pres de la belgique miniature

     

 

 

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