Chronique 1914-1918 : "1914 Illustré" analyse du n° 10 de la revue

Nous terminerons l'analyse des différents numéros de la revue en nous penchant sur le n° 10 d'octobre 1914 qui a la particularité de présenter quasi entièrement des photos de Bruxelles occupée. Seule la dernière page y fait défaut. En couverture, nous trouvons des photos du palais de la Nation occupé par les troupes allemandes. On voit stationner canons et automobiles rue de la Loi tandis que du côté de la rue de Louvain le péristyle est envahi par les cuisines de campagne.
En page 2 deux photos nous montrent l'intérieur de la salle de lecture du Sénat aisi que le fumoir : un petit texte nous indique que les hôtels ministériels et ceux du Sénat et de la Chambre sont occupés par la Kommandantur. Rappelons que c'est dans ces locaux que siègera le tribunal militaire qui condamnera des résistants pour espionnage comme Edith Cavell, Gabrielle Petit et Philippe Baucq.
Les page 3 et 6 nous permettent de voir "avec tristesse" notre Parc de Bruxelles transformé en manège, en garage d'autos et en campement : une phrase en page 3 nous interpelle : " Au Parc, les réservoirs d'essence ont permis à de rares ménagères de s'approvisionner de pétrole, lequel faisait complètement défaut il y a quelques jours". Donc selon ce magazine "emboché", les Bruxellois devraient se réjouir de la bonté d'âme de l'armée occupante !! Humour ou cynisme ?
A la page 4 sous le titre "L'alimentation de Bruxelles", on trouve trois photos qui illustrent déjà en octobre 1914 les difficultés que nos compatriotes vont rencontrer de plus en plus pour se nourrir, se vêtir et se chauffer pendant les 50 mois d'occupation allemande. Des mesures sont rapidement prises par les autorités communales pour assurer le ravitaillement de la population, mais le Comité National de Secours et d'Alimentation, sous la houlette d'Emile Franqui et Ernest Solvay, va prendre en main celui-ci pour distribuer l'aide alimentaire acheminée par la Commission for Relief in Belgium sous le patronage d'Herbert Hoover ; 5 174 431 tonnes de vivres (farine, lard riz, haricots, sel, sucre, café, etc) seront ainsi importées pendant cette guerre empêchant parfois de justesse la famine. (A ce propos, lire aussi article revue 133 "14-18 Bruxelles occupée. La grande détresse : vivre et survivre")
La page 5 porte le titre : "Le Théâtre du Parc" ; lui aussi, comme de nombreux autres lieux, sera occupé par l'ennemi, comme le montre la page 7 avec le Palais des Académies transformé en Krieg's Lazarett. Une photo de la même page est prise aux étangs d'Ixelles : on y distingue des hussards allemands qui repêchent des armes jetées dans l'étang par crainte des agents communaux chargés de les collationner auprès des civils.
La dernière page nous présente trois photos : "Jeux d'enfants" , "La Voie gardée" et "La Petite Guerre" , mais le sommet dans la veulerie nous semble atteint par le texte qui porte le titre de "Appel en faveur de la population de Dinant" qui parle de la détresse de la population de Dinant qui manque de tout. Une demande de dons en espèce ou en nature y est lancée. Pas un mot évidemment des exactions perpétrées par l'armée allemande à Dinant qui sont la cause de cette détresse. Que ne ferait pas cette presse à la botte de l'ennemi pour continuer à paraître et pour éviter la censure ?

Nous terminons ici l'analyse des dix premiers numéros de cette revue : nous pensons vous avoir démontré sa façon de travailler. Par la suite, cette publication poursuivra son petit bonhomme de chemin de la même manière jusqu'à la fin de la guerre ; dans les numéros suivants, des photos de Bruxelles sous l'occupation reviendront illustrer les divers numéros de manière irrégulière, mais sans se départir de la ligne éditoriale que nous avons décrite.

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