2019 : année Bruegel

Nous nous demandions dans une chronique précédente si Pierre Bruegel l'Ancien faisait écho des événements politiques et religieux de son temps dans son œuvre. Pour situer la question, rappelons que le célèbre peintre arrive à Bruxelles en 1562 (?), épouse Mayken Coecke, fille de Pieter Coecke van Aelst (peintre chez qui il se forma) et de Mayken Verhulst en 1563 à l'église de Notre-Dame de la Chapelle. Le registre de la paroisse indique " Peeter brugel Mayken Cocks soluit" (Pierre Bruegel épousa Mayken Cocks). Pourquoi est-il venu d'Anvers à Bruxelles, car récemment on a trouvé son acte de fiançailles dans le registre de la cathédrale d'Anvers !!

statue de Pierre Bruegel place de La ChapelleDeux hypothèses : soit l'exigence de sa future belle-mère pour rompre ses liens avec une maîtresse, soit il voulut se rapprocher du centre politique qu'est Bruxelles et donc de possibles commanditaires. Entre 1563 et 1568, on recense dans cette période bruxelloise de son œuvre 29 tableaux parmi les plus importants de sa production. Celle-ci entre 1553 (premier tableau répertorié) et 1568 (un an avant sa mort) compte au total 47 tableaux (40 huiles sur bois de chêne, 4 tempera sur toile de lin et 3 grisailles). Ajoutons à cela environ 65 dessins et une centaine d'estampes. Les thèmes de sa peinture se répartissent entre scènes de la vie paysanne (environ 25%), scènes religieuses ou bibliques, paysages, tableaux à réflexion philosophique et tableaux dits catalogues. Des exégètes de Bruegel pensent trouver dans certaines de ses représentations (Le Portement de Croix, le Massacre des Innocents, la Prédication de saint Jean-Baptiste, La Pie sur le gibet) des allusions aux événements politico-religieux de son époque. Personnellement je ne le crois pas : faire de Bruegel un peintre « engagé » serait transposer une vision contemporaine dans le passé. En plus, aucune preuve n'existe pour la fonder. S'il revêt certains soldats des uniformes des troupes qui participent à la répression, il actualise la scène en leur donnant le costume d'époque, de la même manière qu'il habille ses paysans comme il les voit, mais cela ne signifie pas qu'il dénonce quoi que ce soit. Certains ont supposé que dans des dessins, il aurait pris position, mais là aussi aucune preuve concrète. Par contre, on peut trouver dans ses tableaux une vision « humaniste » lorsqu'il :
a) illustre le rapport entre l'Homme qui doit accepter son destin et la Nature qui peut se montrer généreuse ou menaçante (exemple dans le cycle des
Saisons)
b) montre que l'Homme court à sa perte lorsqu'il fait preuve d'orgueil insensé ou de folie (comme dans
La Chute d'Icare ou dans la Dulle Griet).
Récemment nous avons appris que le projet en route depuis 2013 de faire pour le 450e anniversaire en 2019 de la mort du peintre de la maison dite de Bruegel (le n°132 rue Haute légué par la veuve du docteur Frans Heulens au MRBA en 2007) un « Centre d'interprétation de l'œuvre de Bruegel », en liaison avec le Musée proprement dit, n'aboutira pas à cause du gouvernement fédéral pour de sombres raisons administratives. Décidément Bruxelles n'est pas l'amie du Fédéral, encore une occasion d'initiative de prestige ratée !!. Il faut en effet rappeler que le MRBA de Bruxelles est le deuxième musée en importance (après Vienne 14 tableaux) qui possède des œuvres (5 tableaux) de Bruegel l'Ancien. Saluons aussi au passage le splendide site internet réalisé en collaboration avec Google Cultural Institute intitulé Bruegel Unseen Masterpieces : www.google.com/culturalinstitute/bruegel

 

Jean Heyblom historien

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