L’Art nouveau naquit et mourut à Bruxelles

ill.01 Hôtel Tassel wikipediaBruxelles peut être considérée comme la ville européenne dont le patrimoine Art nouveau est à la fois le plus riche et le plus varié. Près de 500 édifices, disséminés dans ses rues et sur ses places, témoignent du talent des architectes qui ont marqué ce style.
Sur le plan chronologique, des courants architecturaux, l’Art nouveau pourrait sembler n’avoir été qu’une mode passagère, puisqu’il s’étend approximativement de 1893 à 1910. Ce jugement serait toutefois réducteur, car il néglige ses apports majeurs au fonctionnalisme : d’une part, dans la conception intérieure de la maison privée, qui annonce le plan libre, d’autre part, dans celle des objets du quotidien, comme le mobilier ou les luminaires. Il faut pourtant constater que le floralisme de l’Art nouveau dans l’architecture tend rapidement vers des formules répétitives et parfois vidées de leur sens.
Sur le plan sociologique, ce style reste surtout associé à la haute bourgeoisie — avocats, responsables politiques et industriels —, ses réalisations étant souvent très coûteuses. Après 1900, les architectes s’éloignent progressivement du décor floral au profit de formes plus sobres et géométriques, où l’ornement rejoint la fonction. Cette évolution s’explique notamment par l’industrialisation intense de l’époque, mais aussi par l’influence de courants picturaux, comme le cubisme, qui s’écartent du figuratif.
Si la première maison Art nouveau voit le jour à Bruxelles avec l’hôtel Tassel de Victor Horta (1861-1947),ill.02 Palais Stoclet visit.brussels construit entre 1893 et 1895 (ill.01) et classé au patrimoine mondial de l’Unesco, on peut considérer que le mouvement y trouve aussi son terme avec Josef Hoffmann (1870-1956), qui édifie de 1905 à 1911 la résidence du financier belge Adolphe Stoclet appelée Palais Stoclet (ill.02). Par sa juxtaposition de volumes parallélépipédiques dépouillés d’ornementation florale, cet édifice suscita un scandale comparable à celui provoqué par les demeures de Horta. Cette recherche de la forme pure qui s’impose durant la première décennie du XXe siècle marque la rupture définitive avec les volutes de l’Art nouveau, annonçant le style qui lui succédera : l’Art déco.

Note : le Palais Stoclet classé au patrimoine mondial de l’Unesco n’est pas visitable, car les héritiers Stoclet s’y opposent. A mon avis, ayant bénéficié de subsides publics pour sa sauvegarde, ils devraient autoriser un accès public certes limité. Vous pouvez faire une visite virtuelle et immersive du bâtiment ainsi que prendre connaissance de l’exposé du problème de l’accès à ce bâtiment sur Google en tapant « Palais Stoclet visite virtuelle ».

Jean Heyblom historien et AESS

Vue panoramique de la rue Montagne de la Cour

ill.01 J.HeyblomCe document (ill.01), un tirage albuminé, nous permet de détailler l’état de cette artère vers 1890. Il nous présente en avant plan à gauche une partie de l’Hôtel du Lotto (n°1-2 place Royale) et à droite une partie de l’Hôtel de Spangen (n°13-14 place Royale), deux des huit pavillons qui cernent la place néo-classique bien connue. L’Hôtel du Lotto, construit pour la Loterie impériale et royale des Pays-Bas, a connu de nombreuses affectations au fil du temps : Hôtel pour voyageurs sous le nom d’Hôtel de l’Europe au XIXe siècle, Bijouterie Altenloh entre 1920 et 1962, Musée d’art moderne, puis Musée Magritte en 2009. Sa façade, du côté rue Montagne de la Cour, a connu l’ajout de deux travées aux quatre d’origine. Cette transformation fut inaugurée en 1984. La suite des immeubles de cette rive de la rue fut à la même époque rasée, laissant place à l’actuel espace vert. L’Hôtel de Spangen, qui tire son nom du comte de Spangen, chambellan de la Cour de Vienne, qui a financé sa construction, a lui aussi connu diverses affectations : au XIXe siècle hôtel pour voyageurs sous le nom d’Hôtel Britannique puis d’Hôtel de Grande-Bretagne, ensuite Café-restaurant de la Régence ou E.Strobbe, en 1886 grands magasins « Old England », en 1974 magasin de tapis « Rêve d’Orient », en 1979 achat par l’Etat pour en faire le Musée des Instruments de Musique qui sera ouvert au public en 2000.

ill.02 La rue Montagne de la Cour et le début de la rue des Trois Têtes 1904 1907 AVB C 7631Le document nous montre également en son centre la perspective de la rue Montagne de la Cour. On remarquera que chaque rive de cette rue présentait en avant-corps un élément de façade qui contribuait avec les arcades qui clôturent les autres voies à donner à l’ensemble de la place une impression de quartier fermé.  Au fond de la rue, on distingue le coin (vue agrandie de l’endroit en ill.02) formé à gauche par la rue Montagne de la Cour qui descendait vers la rue de l’Empereur (l’actuel boulevard) et à droite la rue des Trois Têtes (disparue) qui donnait accès au populeux quartier Saint-Roch qui sera entièrement détruit en 1897-1899 et qui se verra remplacer par le Mont des Arts sous ses diverses formes (jardin provisoire puis Bibliothèque Royale Albert 1er/Palais des Congrès).

ill.03 J.HeyblomL’illustration 03 nous montre les transformations subies par l’autre côté (à droite en descendant) de la rue Montagne de la Cour avec la construction en style Art Nouveau de l’extension du magasin « Old England » par Paul Saintenoy en 1898-1899.

Jean Heyblom licencié en Histoire AESS

Echevins et conseillers communaux dans les noms de rues de Bruxelles-Ville (14)

10001119 M01Watteeu rue : Watteeu Alexandre, Joseph est un homme politique libéral né à Bruxelles le 19 juin 1811 et y décède le 22 juin 1870 à l’âge de 58 ans.
Après avoir obtenu le diplôme de docteur en droit à l’Ecole de Droit de Bruxelles le 22 mars 1834, il entre au barreau de Bruxelles comme avocat. Le 5 octobre 1848, il est élu conseiller communal et le sera ensuite pendant 22 années consécutives. Il sera initié à la loge « Les Amis du Progrès » le 27 mars 1841.
Watteeu deviendra échevin sous le mayorat d’André Fontainas en 1860-1863 puis, après le décès de ce dernier, occupera ce poste sous celui de Jules Anspach jusqu’en 1869. Parallèlement, il sera élu en 1864 conseiller provincial du Brabant et deviendra vice-président de cette assemblée en 1865 et 1866. Il complètera cette carrière politique comme député dans l’arrondissement de Bruxelles depuis le 12 février 1867 jusqu’en 1870.
Son nom a été donné à la rue bâtie en 1888-1889 qui relie la rue des Minimes au carrefour où se rejoignent les rues Ernest Allard/Hanssens et Van Moer.

Bibliographie : https://unionisme.be/personne/WatteauA/;                       
Wikipedia : liste des membres du parlement belge ; L.J. PEELLAERT s.v., dans La représentation maçonnique dans les noms de rues de Bruxelles, 1982, p.427.
Illustration : Rue Watteeu : rive paire de la rue : ©monument.heritage.brussels/fr/Bruxelles_Pentagone/Rue_Watteeu/10001119

Le "Grand Hôtel" au boulevard Anspach

IMG 20190130 0001Si vous passez devant l'immeuble d'appartements et de commerces nommé actuellement "Résidence Grétry", situé au 9-17 du boulevard Anspach, et édifié en 1979-1983 par les architectes A. et J. Polak, vous vous souviendrez sans doute de l'ancien « Grand Hôtel », un luxueux palace composé de 250 chambres, construit en 1878 par Emile L'Homme pour J-B. Mosnier. À sa grande époque, dans les années 1890, il a été administré par Ed. Dubonnet, l'empereur du quinquina (rappel du slogan publicitaire Dubo, Dubon, Dubonnet) et logea des personnalités célèbres. La crise de 1929 lui porta un sale coup puisqu'il ferma jusqu'en 1935. Par après, il végéta jusqu'à la deuxième guerre mondiale et connut jusqu'en 1947 la réquisition militaire. Il avait vu en 1938 son porche central et sa cour d'honneur transformés en un cinéma d'actualités le « Cinéac Centre », ensuite son rez-de-chaussée occupé par le magasin « Toufait » et une banque. Pourtant jusqu'à ses derniers moments, l'hôtel a eu ses fidèles, notamment dans le monde du spectacle. Il ferma définitivement le 1er janvier 1974. Le bâtiment fut démoli en 1975. Les balustrades des balcons furent récupérées et entourent depuis 1976 l'église Sainte-Catherine. Le jardin intérieur est orné de deux statues en fonte figurant L'Eau et la Terre, œuvres (1874) du sculpteur nivellois Louis Samain (1834-1901) qui proviennent des anciennes Halles centrales.

Jean Heyblom, licencié en histoire

En illustration vous trouverez une série de cartes postales publicitaires pour le Grand Hôtel expédiées entre 1906 et 1908 qui font partie de ma collection.

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