Une vue panoramique vers les Minimes

Nous nous sommes déjà livrés auparavant à l'exercice qui consiste à identifier ce que l'on voit sur une ou plusieurs cartes postales comme dans l'article « Vue de la rue Haute » paru dans notre revue n° 142 de décembre 2018. (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

cp 01Penchons nous aujourd'hui sur deux cartes postales qui présentent une vue panoramique prise depuis la place Poelaert vers les Minimes (cp 01 et 02). On peut y distinguer en avant-plan droit la tour de l'église des Saints-Jean-et-Etienne-aux Minimes et une partie de leur couvent, dans le fond celle de la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule, à gauche la tour de l'Hôtel de Ville et celle de l'église Notre-Dame-de-la-Chapelle. En avant-plan gauche de la cp n°1, on voit clairement les maisons côté pair de la rue de la Porte Rouge et en avant-plan droit de la cp n° 2, des maisons de la rue des Minimes.
Pour la cp n° 3, on peut remarquer que le cliché a étécp 02 inversé gauche pour droite, comme cela arrive parfois au tirage (nous connaissons plusieurs exemples de ce type). Un détail de la cp n° 3, nous intéresse : on y voit en bas à droite une palissade et des travaux, ce qui nous fait penser que le cliché a été pris au cours de la démolition en 1904 de trois maisons à l'angle de la rue de la Porte Rouge et de la rue des Minimes pour y installer une sous-station d'électricité servant au Palais de Justice. La présence des bâtiments du couvent des Minimes (ils servirent après la dissolution de l'ordre par Joseph II de 1787 à 1790, puis par les Français en 1796, d'arsenal, de dépôt de mendicité, de fabrique de tabac, d'hôpital militaire et cp 03enfin de prison pour femmes) sur les trois cartes nous donnent un terminus post quem pour les dater puisqu'ils furent rasés au début des années 1920 pour permettre le tracé en 1923 de la rue qui porte le nom d'Ernest Allard (Bruxelles 1840-Bruxelles 1878) qui fut échevin à la Ville de Bruxelles (1877-1878).
A leur emplacement fut bâtie l'Ecole moyenne A devenue en 1948 l'Athénée Robert Catteau du nom de l'échevin à la Ville de Bruxelles (1937-1954).

Jean Heyblom, licencié en Histoire, AESS

Les tribulations du Musée du Jouet

une salle du musée musée du jouetUn petit brin de nostalgie
En abordant la rédaction de cet article, je me rappelle les vitrines des grands magasins du centre-ville, le Bon Marché, les Galeries Anspach, l'Innovation ou encore le Magasin de la Bourse qui rivalisaient entre elles pendant les fêtes de fin d'année pour susciter l'émerveillement dans les yeux des ketjes comme des grandes personnes.
Mr André Raemdonck, fondateur et conservateur du Musée du Jouet à Bruxelles, raconte dans un magasine l'ingéniosité déployée par ces grands magasins pour décorer leurs étalages autant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Il rappelle qu'à l'étage «Jeux et Jouets» du Bon Marché, on a pu voir une fusée dans laquelle pouvait prendre place un enfant. Elle se redressait pendant qu'il visionnait un petit film qui lui donnait l'impression du décollage.
Ilnous relate aussi qu'une année untrain à échelle réduite faisait le tour de tout un étage du Bon Marché, soit un circuit de rails de 200 mètres. Ce trainconnut une suite heureuse, car il le racheta pour 15.000 francs de l'époque, quelques années plus tard, aux Galeries Anspach où ils liquidaient ce qui avait appartenu au Bon Marché. Treize caisses renfermaient la locomotive et les rails. Elle est toujours en activité dans les salles «Trains» du Musée du Jouet.

L'idée d'un Musée du JouetVitrine exposant des petits jouets CC BY 4.0
Mr Robert Raemdonck concède que le jouet est « une passion qu'il a fait partager à ses enfants depuis leur plus jeune âge ». A chaque fête, anniversaire, Saint-Nicolas et étrennes, dit-il, j'offrais à chacun de mes six enfants un jouet ancien. Petit à petit tous les membres de la famille sont ainsi devenus titulaires d'une collection variée de jouets. Dans les années 1970, ce passionné monte, là où se situe actuellement City 2, des foires, salons et expositions consacrés, dans un premier temps aux trains miniatures. Les déballages et remballages successifs (gare à la casse !) que cela impliquaitfont naître l'idée de la recherche d'un lieu d'exposition permanent qui serait un musée vivant ouvert aux petits comme aux grands enfants.

Le Centre Anspach (1984-1989)
La renaissance des Galeries Anspach transformées en Centre Anspach va ouvrir de nouvelles perspectives : la passion qui anime André Raemdonck et son équipe les incite à y monter une exposition temporaire de jouets durant un ou deux mois. Le succès fut tel, raconte-il, qu'un Musée du Jouet permanent y voit le jour en 1985. Dans la revue Brabant Tourisme, sous la plume de Myriam Lechêne,les trésors de la collection sont dévoilés. Deux mille pièces sont exposées, tandis que 20.000 autres attendent des jours meilleurs dans les réserves. Mais une révision des loyers sonne malheureusement le glas ce cet entracte. Des négociations furent alors entreprises avec la Ville de Bruxelles et principalement avec son Premier Echevin, Michel Demaret afin de trouver unnouvel et plus grand espace.

Une animation au musée du jouet musee du jouetPetit à petit, le Musée du Jouet fait son nid
Les négociations avec la Ville de Bruxelles conduisent au rachat du bien par le Muséeet à sonl'installation au n° 24 de la rue de l'Association dans le quartier de Notre-Dame-aux Neiges. Tracé au cordeau en 1876, cette rue relie obliquement la rue Royale à la place de la Liberté. Elle reçoit son nom en rapportavec une de nos libertés constitutionnelles : le droit d'association. Le musée y occupe une maison de maître de trois niveaux et de quatre travées, construite en 1878 par un architecte qui n'a pas laissé son nom à la postérité. En 1895, elle est occupée par Mr Hermann F., rentier.

Marc Beaudelot dans La Capitale du 7 juillet 1999 signale que pour notre ami André, le ciel va à nouveau malheureusement s'obscurcir. Evalué à 30 jours ouvrables, une rénovation de l'immeuble est entreprise par la Commission communautaire française (Cocof). Mais en Belgique rien n'est simple. Après deux ans, presque rien n'a bougé, à part la rénovation de la toiture, non prévue dans un premier temps, mais nécessaire. Au cabinet du ministre Didier Gosuin, on renvoie la balle dans le camp du conservateur qui devrait, dixit le Ministre, désencombrer les lieux aux étages, au grenier et dans les caves pour libérer l'espace. C'était aussi une précaution en cas d'incendie pour que les stocks ne nourrissent le feu. Enfin l'accord des pompiers met fin à la divergence de vue.

Le Musée du JouetVitrine exposant des vieux jouets en bois CC BY 4.0
Ouvert 7 jours sur 7 et 365 jours par an, une visite guidée du musée peut prendre entre un quart d'heure et trois semaines, dixitle conservateur. Le musée développe tout ce qui touche au domaine mondial du jouet. On y trouve des jouets sous toutes les formes et dans toutes les matières, du métal au bois, du carton au papier, d'une marionnette à la maquette, de la figurine à la miniature, en résumé, dixit encore André Raemdonck, « les coccinelles y sont parfois plus grandes que des éléphants ». Des thématiques y sont présentées et analysées annuellement. La collection (en 2010) du musée compte quelque 35.000 pièces différentes. A côté de la collection propre à la famille Raemdonck, des collectionneursmettent des pièces à la disposition du musée. Des particuliers lui offrent des jouets au lieu de les vendre. Epinglons le don remarquable fait par la fille de l'ancien homme politique gantois Théo Lefèvre (Premier Ministre CVP de 1961 à 1965). Des spécialistes es jouets y auscultent et réparent vos joujoux anciens et dispensent gratuitement des conseils. Depuis 2005, ces spécialistes, trois retraités bénévoles redonnent vie à la poupée de grand-mère ou réparent la mécanique à ressort des trains et autres voitures en tôle du papy. Une coutume bien sympathique s'est aussi installée au Musée du Jouet depuis de nombreuses années : les personnes qui se présentent le deuxième samedi de janvier avec leur nounours en peluche se voient offrir l'entrée. Dernièrement, ils étaient 650 à venir accompagnés. Cela nous amène à dire quelques mots de ce fameux « Teddy Bear ».

Si la poupée de chiffon fait figure d'ancêtre, le « nounours » est d'une conception beaucoup plus récente. En effet, une tradition veut qu'en novembre 1902 le président américain Théodore Roosevelt ( mandat de 1901 à 1909) surnommé « Teddy » chasse l'ours dans le sud des Etats-Unis. Le président rentrant bredouille à plusieurs reprises, un collaborateur trop zélé échafaude un stratagème lamentable : amener un ourson noir attaché à un arbre dans la lignée de mire du président chasseur. Celui-ci refusa d'abattre cette proie trop facile. Le Washington Star rapporte dans ses pages datées du 16 novembre ses paroles taillées presque sur mesurepour la postérité : « si je tire cet ourson, je ne pourrai plus jamais regarder mes enfants en face ». Un émigré russe de New-York, Morris Michtom, décide de transformer l'ourson en jouet avec l'assentiment de la Maison Blanche sous le nom de «Teddy Bear ». En 1904 le brevet est vendu à une grosse firme de jouets et le « Teddy Bear » connaîtra un succès énorme.

Conclusion 
Qu'ajouter à ces lignes, sinon, venez petits et grands découvrir et manipuler les jouets dans leur boîte d'origine, activité bien plus passionnante que glander devant un écran d'ordinateur !!

Sources
Informations et extraits puisés dans les articles de quotidiens bruxellois relatifs au Musée du Jouet et dans ma documentation personnelle.

François Samin, documentaliste bruxellois

Pour un urbanisme respectueux de notre bâti

01 la rue Saint Jean photo H. SchaffeneersDans son article intitulé « Urbanisme : le grand tabula rasa bruxellois » paru dans La Libre Belgique du mercredi 19 juin 2019, Isabelle Douillet-de Pange, historienne de l'Art, déplorait que la seule norme possible de l'urbanisme moderne dans notre capitale consiste à démolir le bâti existant et à reconstruire à tour de bras. Elle déclarait qu' « il est urgent de rompre avec la pathologie collective des destructions/reconstructions et de penser la modernité dans sa continuité organique avec le passé ». Nous partageons pleinement son point de vue : pour illustrer ce fléau, il suffit en effet en prenant un seul exemple de voir ce qu'est devenue la malheureuse rue Saint-Jean avec ses nouveaux immeubles aux façades vitrées hors proportions. Mais notre déception devant cet urbanisme ravageur déclina lorsque dans le Moustique du 03/07/2019 et l'article de Catherine Ernens intitulé « Changer 02 la rue Saint Jean photo H. Schaffeneersla ville », nous avons lu que « construire et démolir trente ans plus tard est un modèle dépassé. Désormais on transforme ce qui existe déjà. Des immeubles de bureau deviennent ainsi des appartements » (déclaration de Frédérik Serroen urbaniste auprès du Bouwmeester de Bruxelles). Peut-on espérer et croire enfin à une prise de conscience définitive des autorités régionales et de leur administration pour un urbanisme plus soucieux du bâti existant ? On peut se montrer sceptique devant les propos du ministre Pascal Smet sur son intention de favoriser les tours à Bruxelles ! Nous n'aborderons pas les autres nouveautés en phase avec la déclaration gouvernementale régionale bruxelloise, nous attendons pour voir et juger sur pièce. Terminons sur une note d'espoir, mais ayons quand même une pensée pour les « chers disparus » au champ d'inconséquence pour ne pas dire d'incompétence qu'étaient la Maison du Peuple de Horta, l'Hôtel des Postes de la place de la Monnaie, la Galerie du Commerce (rue Neuve), l'ancien Mont des Arts et une bonne partie du Quartier Léopold sacrifié à l'appétit démesuré des promoteurs et aux projets pharaoniques de l'Union européenne (liste non exhaustive !!!). A-t-on vraiment compris la leçon de la bruxellisation ? A-t-on oublié la leçon de la déconfiture du projet Manhattan ?

Jean Heyblom licencié en histoire, A.E.S.S

Conserver les souvenirs de notre passé

photo 1
Nous avions déjà abordé en partie ce thème dans le n°131 (mars 2016) de notre revue trimestrielle. Nous y écrivions que « les traces de notre passé sont essentielles pour saisir notre présent ». Aujourd'hui nous parlerons plus spécifiquement de l'attitude à adopter devant celles-ci matérialisées par des photos, des lettres, des cartes postales ou encore des notes manuscrites relatant l'un ou l'autre fait sans oublier les recettes de cuisine. Il est en effet essentiel de conserver tout cela, car trop souvent les boîtes qui les contiennent prennent de la poussière au grenier ou tout simplement sont liquidées lors d'un vide maison après un décès ou lors d'un déménagement pour faire de la place. Vous me rétorquerez : oui d'accord, mais comment continuer à leur prêter vie ?

photo 2Pour cela, il existe divers moyens :
1) les scanner : cela vous permet d'abord, tout en les conservant, de les classer en faisant leur inventaire, de les compulser plus facilement, mais aussi de pouvoir confier leurs épreuves digitalisées à l'un ou l'autre organisme pour qu'il les étudie (voyez l'exemple des documents recueillis pour la commémoration du centenaire de la guerre 14-18). Mais, même si vous ne faites pas cette opération, n'oubliez pas, si possible, de les situer chronologiquement en les datant, en identifiant les personnages ou les lieux, car si vous les connaissez encore, les personnes qui les compulseraient ne sont pas nécessairement dans ce cas. Ce point est essentiel pour garder à ces souvenirs une valeur historique et documentaire. Sachez aussi que, si pour vous ils représentent quelque chose, ce ne le sera pas d’office pour vos proches. On voit trop souvent de tels souvenirs finir au container.
2) prévoir de confier vos documents-souvenirs à un organisme qui peut les valoriser (Archives de la Ville de Bruxelles, Cegesoma, La Fonderie, Cercles d'Histoire comme le nôtre). Songez que, si vous êtes un collectionneur averti, vos précieux documents pourront être dispersés après votre inévitable disparition. En utilisant cette possibilité de legs, ils contribueront ainsi à mieux faire connaître à la collectivité le passé de votre ville, de votre commune, de votre famille, de votre entreprise, etc pour la connaissance desquelles photo 3vous vous êtes, peut-être, largement investi.

Jean Heyblom licencié en histoire, A.E.S.S.

Quelques exemples en illustration :
Photo 1 : Le mariage de mes parents le 26 septembre 1942 à savoir Henri Heyblom (1917-2009) au centre et Marie Guillelmine Fiévez (1921-2009) à sa droite ; la famille Heyblom - Fiévez et apparentée (tous les personnages sont identifiés) réunie au n°14 rue des Capucins
Photo 2 : Ma mère, mon père, Hortense Fiévez (1927- ?), la sœur de ma mère et dans la poussette moi-même (1943- ) à la Porte de Hal en avril 1944
Photo 3 : Ma grand-mère Jeanne Degreef (1890-1977), mon grand-père Fiévez Ambroise (1889-1952) et moi-même (1943- ) dans le jardin du n°14 rue des Capucins en mai 1946

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